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1870

GUITARE

Albert GLATIGNY

La douce Isabelle d'Espagne Songeait dans son appartement, Patrocinio, sa compagne, Priait le ciel dévotement,

Quand on vint lui dire : « l'Empire De votre ami Napoléon, À l'heure où nous parlons, expire, Reine de Castille et Léon. »

Puis on lui conta la déroute De Sedan, cette lâcheté De l'homme qui fit banqueroute À l'honneur, à la dignité ;

Comment, pour sauver ses charrettes, Son or, ses bagages errants, Ce beau fumeur de cigarettes S'était écrié : « je me rends ! »

Ce n'est pas un cœur de romaine Acceptant les coups les plus lourds, Certes, qu'Isabelle promène Sous un corsage de velours,

Mais si peu que soit une femme, Elle peut encore juger Avec mépris l'amant infâme De Marguerite Bellanger.

Aussi, l'innocente Isabelle, Devant son époux ahuri, Se dressa fière, presque belle, Et se tournant vers Marfori :

« Par saint Jacques de Compostelle ! Ton âme à tous se décela, On connaît ta valeur, dit-elle, Mais tu n'aurais pas fait cela ! »

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