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1870

AINSI QUE L'ALOUETTE

Albert GLATIGNY

Ainsi que l'alouette Au bord du champ, Le paisible poëte Fera son chant.

De sa voix attendrie Il redira Ton angoisse, ô patrie ! Il chantera

Ta grandeur dans l'épreuve Et ton courroux, Et tes voiles de veuve, Sacrés pour tous.

Il dira, chère France, Comment tu sais Accepter la souffrance Sans dire : assez !

Sur la lyre irritée Il jettera Un appel que Tyrtée Applaudira.

Des bois, sombres dédales, Et des buissons, S'envoleront des balles Et des chansons.

Son ode échevelée, Au souffle pur, Sur la noire mêlée Fera l'azur.

Tambour, clairon sonore, Comme à Valmy, Il crîra dès l'aurore : — à l'ennemi !

Nos ardents volontaires Rafraîchiront À ses ondes austères Leur jeune front,

Et dominant l'orage Aux bruits moqueurs, Il répandra la rage Dans tous les cœurs !

Il sera le prophète Ivre d'espoir, Devant qui l'ombre faite Est sans pouvoir.

À travers le désastre, Son œil perçant Verra se lever l'astre Éblouissant !

L'astre de notre France, Clair et joyeux L'étoile délivrance Au fond des cieux !

Car cette voix si douce, Qui chante au bois Le réveil de la mousse, Cette humble voix,

S'enfle parfois et tonne Dans l'ouragan, Comme le vent d'automne Sur l'océan ;

Elle devient terrible, Et ses sanglots Versent, tel qu'en un crible, La pluie à flots.

La calme et chaste muse, Au front riant, Emprunte de Méduse L'air effrayant ;

Elle prend et secoue La torche en feu, Et sa main fine joue Avec l'épieu,

Et cette folle éprise De bulles d'air, Qui ramène la brise Après l'hiver,

Secouant les étoffes Aux plis dormants, Chante les âpres strophes Des châtiments !

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