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1919

Les deux Étoiles

Charles GILL

Comme des oiselets fuyant les avalanches Et sous la tendre mousse abritant leur duvet, À son premier repos le Bébé réchauffait Ses pieds roses blottis dans le nid des mains blanches.

Front sublime incliné sur l’aurore de Dieu, La Vierge contemplait le sommeil ineffable Du nouveau-né promis au monde misérable, Et qui tremblait de froid dans la grotte sans feu.

Son être extasié tressaillait sous le charme ; Quand Jésus, s’éveillant aux chants des séraphins, Ouvrit le rêve bleu de ses grands yeux divins, Le bonheur maternel fondit en une larme.

Noël irradia dans deux astres nouveaux : L’étoile des trois rois mages, céleste guide, Et cette larme, étoile auguste, plus splendide Que l’éclat infini des nocturnes joyaux.

L’astre, éblouissement de l’ombre sans limite, Au ciel oriental planait ; son disque ardent, Par delà les déserts roulait vers l’Occident, Et les savants pensifs calculaient son orbite ;

Mais comme la rosée aux pétales d’un lys Peut refléter l’aurore en son miroir d’eau vive, Le pleur tremblant aux cils de la Petite Juive Reflétait tout l’orgueil des destins accomplis.

L’astre s’était paré de sa gloire stellaire Aux foyers de l’espace, aux brasiers radieux D’où sont nés les soleils épars au sein des cieux Pour combler le néant de la nuit séculaire ;

Mais, plus belle, la larme avait pris son cristal Aux candeurs, aux fiertés, à la douceur d’une âme, À l’attendrissement suave de la femme, Aux palpitations d’un baiser virginal !

L’astre des rois venait du sidéral prodige Que notre esprit confond avec l’éternité : Par les tourbillons noirs de l’Éther emporté, Il s’était englouti dans l’effrayant vertige ;

Mais le pleur émané de l’amour maternel, D’une autre immensité rayonnement sublime, Descendait de plus haut que l’insondable abîme, Car le cœur d’une mère est plus grand que le ciel.

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