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1919

Ce qui demeure

Charles GILL

Voilà votre portrait. C’est votre grâce altière, C’est votre beauté grecque, en la pâle lumière Filtrée à travers l’or d’un vieux vitrail flamand ; De longs et chauds rayons caressent doucement

Votre lèvre entr’ouverte où flotte la parole, Et font de vos cheveux une blonde auréole ; L’étincelle amoureuse illumine vos yeux, Vos yeux doux et troublants, vos yeux mystérieux

Dont le regard se perd dans l’infini du rêve. Hélas ! pourquoi faut-il qu’un vent fatal enlève Sur les fronts adorés la splendeur des vingt ans, Et qu’un simple portrait résiste plus longtemps

Que la forme vivante à l’affront des années ? Si vous les regrettez vos splendeurs profanées, Comme aux beaux jours d’antan vous pourrez les revoir Sur votre vieux portrait, ainsi qu’en un miroir,

Quand la griffe de l’âge aura creusé vos rides. Et quand viendra la nuit dans vos orbites vides, Triomphant du suprême outrage de la Mort, Par votre vieux portrait vous serez belle encor.

Mais les choses aussi souffrent de la vieillesse : Les purs diamants noirs de vos yeux de déesse, Sur la toile brunie éteindront leur éclat. Puis le Temps, poursuivant le fatal attentat,

Couvrira lentement de son immense voile Votre image effacée … et le lambeau de toile Au lointain avenir ne vous montrera plus. Alors, malgré l’envol des siècles révolus,

Vous resterez encore aussi belle, Madame, Car vos traits sont gravés pour toujours dans mon âme !

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