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1833

VEILLÉE

Théophile GAUTIER

Lorsque le lambris craque, ébranle sourdement, Que de la cheminée il jaillit par moment Des sons surnaturels, qu'avec un bruit étrange Pétillent les tisons, entourés d'une frange

D'un feu blafard et pâle, et que des vieux portraits De bizarres lueurs font grimacer les traits ; Seul, assis, loin du bruit, du récit des merveilles D'autrefois aimez-vous bercer vos longues veilles ?

C'est mon plaisir à moi : si, dans un vieux château, J'ai trouvé par hasard quelque lourd in-quarto, Sur les rayons poudreux d'une armoire gothique Dès longtemps oublié, mais dont la marge antique,

Couverte d'ornements, de fantastiques fleurs, Brille, comme un vitrail, des plus vives couleurs, Je ne puis le quitter. Lais, virelais, ballades, Légendes de béats guérissant les malades,

Les possédés du diable, et les pauvres lépreux, Par un signe de croix ; chroniques d'anciens preux, Mes yeux dévorent tout ; c'est en vain que l'horloge Tinte par douze fois, que le hibou déloge

En glapissant, blessé des rayons du flambeau Qui m'éclaire ; je lis : sur la table à tombeau, Le long du chandelier, cependant la bougie En larges nappes coule, et la vitre rougie

Laisse voir dans le ciel, au bord de l'orient, Le soleil qui se lève avec un front riant.

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