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1872

V

Théophile GAUTIER

Je sais un nid charmant et tendre Où niche l'oiseau bleu du cœur, L'oiseau dont nul ne peut entendre Sans tressaillir, l'accent vainqueur ;

Nid plein de grâces sans pareilles, Qui, sous un rayon de gaieté, Scintillent comme des abeilles Dans l'or des aurores d'été.

Formé de fleurs fraîches écloses, œuvre admirable de l'amour, Des perles, des feuilles de roses, Dessinent son riant contour.

Écrins délicieux que dore La jeunesse en traits éclatants ; D'où s'échappe, ailée et sonore, La vive chanson du printemps ;

D'où sort une divine haleine, Comme d'un calice vermeil Qui livre aux souffles de la plaine Son sein tout baigné de soleil.

Nid séducteur où rit l'ivresse, Cachant ses secrètes ardeurs, Comme une coupe enchanteresse Dont les bords sont voilés de fleurs.

Plus mignon qu'un nid d'oiseau-mouche, Plus frais qu'un cœur de rose-thé, — Ce nid ravissant… c'est ta bouche, Doux paradis de volupté,

Où les désirs, ramiers fidèles, Volent toujours inapaisés, Et vont provoquer à coups d'ailes L'essaim palpitant des baisers !

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