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1833

SONNET II

Théophile GAUTIER

Ne vous détournez pas, car ce n'est point d'amour Que je veux vous parler ; que le passé, madame, Soit pour nous comme un songe envolé sans retour, Oubliez une erreur que moi-même je blâme.

Mais vous êtes si belle, et sous le fin contour De vos sourcils arqués luit un regard de flamme Si perçant, qu'on ne peut vous avoir vue un jour Sans porter à jamais votre image en son âme.

Moi, mes traits soucieux sont couverts de pâleur ; Car, dès mes premiers ans souffrant et solitaire, Dans mon cœur je nourris une pensée austère, Et mon front avant l'âge a perdu cette fleur

Qui s'entr'ouvre vermeille au printemps de la vie, Et qui ne revient plus alors qu'elle est ravie.

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