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1838

ROMANCE

Théophile GAUTIER

Au pays où se fait la guerre, Mon bel ami s'en est allé ; Il semble à mon cœur désolé Qu'il ne reste que moi sur terre !

En partant, au baiser d'adieu, Il m'a pris mon âme à ma bouche. Qui le tient si longtemps ? mon Dieu ! Voilà le soleil qui se couche,

Et moi, toute seule en ma tour, J'attends encore son retour. Les pigeons, sur le toit, roucoulent, Roucoulent amoureusement,

Avec un son triste et charmant ; Les eaux sous les grands saules coulent. Je me sens tout près de pleurer ; Mon cœur comme un lis plein s'épanche

Et je n'ose plus espérer. Voici briller la lune blanche, Et moi, toute seule en ma tour, J'attends encore son retour.

Quelqu'un monte à grands pas la rampe, Serait-ce lui, mon doux amant ? Ce n'est pas lui, mais seulement Mon petit page avec ma lampe.

Vents du soir, volez, dites-lui Qu'il est ma pensée et mon rêve, Toute ma joie et mon ennui. Voici que l'aurore se lève,

Et moi, toute seule en ma tour, J'attends encore son retour.

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