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1833

RÊVE

Théophile GAUTIER

Voici ce que j'ai vu naguère en mon sommeil : Le couchant enflammait à l'horizon vermeil Les carreaux de la ville ; et moi, sous les arcades D'un bois profond, au bruit du vent et des cascades,

Aux chansons des oiseaux, j'allais, foulant des fleurs Qu'un arc-en-ciel teignait de changeantes couleurs. Soudain des pas légers froissent l'herbe ; une femme, Que j'aime dès longtemps du profond de mon âme,

Comme une jeune fée accourt vers moi ; ses yeux A travers ses longs cils luisent de plus de feux Que les astres du ciel ; et sur la verte mousse A mes lèvres d'amant livrant une main douce,

Elle rit, et bientôt enlacée à mes bras Me dit, le front brûlant et rouge d'embarras, Ce mot mystérieux qui jamais ne s'achève : — O nuit trompeuse ! — Hélas ! pourquoi n'est-ce qu'un rêve ?

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