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1872

LES JOUJOUX DE LA MORTE

Théophile GAUTIER

La petite Marie est morte, Et son cercueil est si peu long Qu'il tient sous le bras qui l'emporte Comme un étui de violon.

Sur le tapis et sur la table Traîne l'héritage enfantin. Les bras ballants, l'air lamentable, Tout affaissé, gît le pantin.

Et si la poupée est plus ferme, C'est la faute de son bâton ; Dans son œil une larme germe, Un soupir gonfle son carton.

Une dînette abandonnée Mêle ses plats de bois verni A la troupe désarçonnée Des écuyers de Franconi.

La boîte à musique est muette ; Mais, quand on pousse le ressort Où se posait sa main fluette, Un murmure plaintif en sort.

L'émotion chevrote et tremble Dans : Ah ! vous dirai-je, maman ? Le Quadrille des Lanciers semble Triste comme un enterrement.

Et des pleurs vous mouillent la joue Quand la Donna è mobile, Sur le rouleau qui tourne et joue, Expire avec un son filé.

Le cœur se navre à ce mélange Puérilement douloureux, Joujoux d'enfant laissés par l'ange, Berceau que la tombe a fait creux !

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