Skip to content
1838

LE SPECTRE DE LA ROSE

Théophile GAUTIER

Soulève ta paupière close Qu'effleure un songe virginal ; Je suis le spectre d'une rose Que tu portais hier au bal.

Tu me pris encore emperlée Des pleurs d'argent de l'arrosoir, Et parmi la fête étoilée Tu me promenas tout le soir.

O toi qui de ma mort fus cause, Sans que tu puisses le chasser, Toute la nuit mon spectre rose A ton chevet viendra danser.

Mais ne crains rien, je ne réclame Ni messe ni De profundis ; Ce léger parfum est mon âme, Et j'arrive du paradis.

Mon destin fut digne d'envie : Pour avoir un trépas si beau, Plus d'un aurait donné sa vie, Car j'ai ta gorge pour tombeau,

Et sur l'albâtre où je repose Un poëte avec un baiser Écrivit : Ci-gît une rose Que tous les rois vont jalouser.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
LE SPECTRE DE LA ROSE · Théophile GAUTIER · Poetry Cove