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1845

LE LAURIER DU GÉNÉRALIFE

Théophile GAUTIER

Dans le Généralife, il est un laurier-rose, Gai comme la victoire, heureux comme l'amour. Un jet d'eau, son voisin, l'enrichit et l'arrose : Une perle reluit dans chaque fleur éclose,

Et le frais émail vert se rit des feux du jour. Il rougit dans l'azur comme une jeune fille ; Ses fleurs, qui semblent vivre, ont des teintes de chair On dirait, à le voir sous l'onde qui scintille,

Une odalisque nue attendant qu'on l'habille, Cheveux en pleurs, au bord du bassin au flot clair. Le laurier, je l'aimais d'une amour sans pareille ; Chaque soir, près de lui, j'allais me reposer ;

A l'une de ses fleurs, bouche humide et vermeille, Je suspendais ma lèvre, et parfois, ô merveille ! J'ai cru sentir la fleur me rendre mon baiser…

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