Sur la bruyère arrosée De rosée ; Sur le buisson d'églantier ; Sur les ombreuses futaies ;
Sur les haies Croissant au bord du sentier ; Sur la modeste et petite Marguerite,
Qui penche son front rêvant ; Sur le seigle, verte houle Que déroule Le caprice ailé du vent ;
Sur les prés, sur la colline Qui s'incline Vers le champ bariolé De pittoresques guirlandes ;
Sur les landes, Sur le grand orme isolé ; La demoiselle se berce ; Et s'il perce
Dans la bruine, au bord du ciel, Un rayon d'or qui scintille, Elle brille Comme un regard d'Ariel.
Traversant près des charmilles, Les familles Des bourdonnants moucherons, Elle se mêle à leur ronde
Vagabonde, Et comme eux décrit des ronds. Bientôt elle vole et joue Sous la roue
Du jet d'eau qui, s'élançant Dans les airs, retombe, roule Et s'écoule En un ruisseau bruissant.
Plus rapide que la brise, Elle frise, Dans son vol capricieux, L'eau transparente où se mire
Et s'admire Le saule au front soucieux ; Où, s'entr'ouvrant blancs et jaunes, Près des aunes,
Les deux nénuphars en fleurs, Au gré du flot qui gazouille Et les mouille, Étalent leurs deux couleurs ;
Où se baigne le nuage, Où voyage Le ciel d'été souriant ; Où le soleil plonge, tremble,
Et ressemble Au beau soleil d'Orient. Et quand la grise hirondelle Auprès d'elle
Passe, et ride à plis d'azur, Dans sa chasse circulaire, L'onde claire, Elle s'enfuit d'un vol sûr.
Bois qui chantent, fraîches plaines D'odeurs pleines, Lacs de moire, coteaux bleus, Ciel où le nuage passe,
Large espace, Monts aux rochers anguleux ; Voilà l'immense domaine Où promène
Ses caprices, fleur des airs, La demoiselle nacrée, Diaprée De reflets roses et verts.
Dans son étroite famille, Quelle fille N'a pas vingt fois souhaité, Rêveuse, d'être comme elle
Demoiselle, Demoiselle en liberté ?
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