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1833

LA BASILIQUE

Théophile GAUTIER

Il est une basilique Aux murs moussus et noircis, Du vieux temps noble relique, Où l'âme mélancolique

Flotte en pensers indécis. Des losanges de plomb ceignent Les vitraux coloriés, Où les feux du soleil teignent

Les reflets errants qui baignent Les plafonds armoriés. Cent colonnes découpées Par de bizarres ciseaux,

Comme des faisceaux d'épées Au long de la nef groupées Portent les sveltes arceaux. La fantastique arabesque

Courbe ses légers dessins Autour du trèfle moresque, De l'arcade gigantesque Et de la niche des saints.

Dans leurs armes féodales, Vidames et chevaliers, Sont là, couchés sur les dalles Des chapelles sépulcrales,

Ou debout près des piliers. Des escaliers en dentelles Montent avec cent détours Aux voûtes hautes et frêles,

Mais fortes comme les ailes Des aigles ou des vautours. Sur l'autel, riche merveille, Ainsi qu'une étoile d'or,

Reluit la lampe qui veille, La lampe qui ne s'éveille Qu'au moment où tout s'endort. Que la prière est fervente

Sous ces voûtes, lorsqu'en feu Le ciel éclate, qu'il vente, Et qu'en proie à l'épouvante, Dans chaque éclair on voit Dieu ;

Ou qu'à l'autel de Marie, A genoux sur le pavé, Pour une vierge chérie Qu'un mal cruel a flétrie,

En pleurant l'on dit : Ave. Mais chaque jour qui s'écoule Ébranle ce vieux vaisseau, Déjà plus d'un mur s'écroule,

Et plus d'une pierre roule, Large fragment d'un arceau. Dans la grande tour, la cloche Craint de sonner l'Angelus;

Partout le lierre s'accroche, Hélas ! et le jour approche Où je ne vous dirai plus : Il est une basilique

Aux murs moussus et noircis, Du vieux temps noble relique, Où l'âme mélancolique Flotte en pensers indécis.

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