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1872

L'ORESTIE

Théophile GAUTIER

Voici dix ans bientôt que du haut de ma tour De la flotte des Grecs je guette le retour Attendant, sans espoir, qu'à l'horizon flamboie Le signal convenu pour la prise de Troie.

Hélas ! j'ai beau plonger mes regards dans l'azur, Rien ne s'allume au fond de ce lointain obscur. Nulle rougeur de feux, nulle blancheur de voiles ! — C'est ainsi que je vis, seul avec les étoiles,

Veillant, quand le sommeil a fermé tous les yeux, Excepté les yeux d'or qui s'éveillent aux cieux ! Trempé par la rosée et sans toit qui l'abrite, D'aucun songe mon lit ne reçoit la visite,

Et si parfois dans l'ombre, aux noirs échos des nuits, Je jette une chanson pour charmer mes ennuis, En pensant aux malheurs de la maison d'Atride Je sens dans mon gosier mourir ma voix timide !

De ce rude labeur délivrez-moi, grands Dieux, Et laissez le sommeil s'abattre sur mes yeux ! Ah ! quel rude métier ! Quelle pénible tâche ! Qui parle donc là-haut ? — Pauvre chien à l'attache,

C'est toi ? — Tu peux quitter ton gîte aérien, Descends. A l'horizon il ne paraîtra rien, Car souillée au départ du sang d'Iphigénie, La flotte par les dieux ne peut être bénie ;

Les Grecs sont morts, ou bien égarés sur les mers, De leurs débris errants, ils sèment l'univers ! Ah ! par pitié pour moi, ne descends pas, Lyncée ! Le feu peut luire encor, l'heure n'est point passée !

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