Skip to content
1833

JUSTIFICATION

Théophile GAUTIER

Celui que chaque soir votre parole élève, Qui pense avec vous de moitié ; Celui dont vous savez le plus intime rêve Et qui vit de votre amitié ;

Celui que vous avez laissé voir dans votre âme, Et s'approcher de votre cœur, Afin de lui montrer ce que Dieu dans la femme A mis d'amour et de bonheur,

Quand il n'y croyait plus et n'avait d'autre envie, Las de traîner depuis vingt ans Son boulet de forçat au bagne de la vie, Que de n'y pas finir son temps ;

— Celui-là ne sera jamais, il vous le jure Sur ce cœur que vous avez fait, Un de ces hommes vils, dont la pensée impure Aux choses basses se complaît. —

L'âme que vous avez mariée à la vôtre Pourrait jusque-là s'oublier !… — Dans le cloaque infect où le canard se vautre Voit-on s'abattre l'aigle altier ?

Non, — l'aigle vit tout seul sur la plus haute cime, — Le tonnerre rugit en bas, L'avalanche s'écrase et roule dans l'abîme ; Le torrent hurle : — il n'entend pas ;

Immobile, de l'ongle étreignant quelque pierre, Quelque bras de pin foudroyé, Il attache au soleil son grand œil sans paupière, D'ineffables lueurs noyé.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
JUSTIFICATION · Théophile GAUTIER · Poetry Cove