Voici l'orme qui balance
Son ombre sur le sentier ;
Voici le jeune églantier,
Le bois où dort le silence ;
Le banc de pierre où le soir
Nous aimions à nous asseoir.
Voici la voûte embaumée
D'ébéniers et de lilas,
Où, lorsque nous étions las,
Ensemble, ô ma bien-aimée !
Sous des guirlandes de fleurs,
Nous laissions fuir les chaleurs.
Voici le marais que ride
Le saut du poisson d'argent ;
Dont la grenouille en nageant
Trouble le miroir humide ;
Comme autrefois, les roseaux
Baignent leurs pieds dans ses eaux.
Comme autrefois, la pervenche,
Sur le velours vert des prés
Par le printemps diaprés,
Aux baisers du soleil penche
A moitié rempli de miel
Son calice bleu de ciel.
Comme autrefois, l'hirondelle
Rase en passant les donjons,
Et le cygne dans les joncs
Se joue et lustre son aile ;
L'air est pur, le gazon doux…
Rien n'a donc changé que vous.