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1833

INFIDÉLITÉ

Théophile GAUTIER

Voici l'orme qui balance Son ombre sur le sentier ; Voici le jeune églantier, Le bois où dort le silence ;

Le banc de pierre où le soir Nous aimions à nous asseoir. Voici la voûte embaumée D'ébéniers et de lilas,

Où, lorsque nous étions las, Ensemble, ô ma bien-aimée ! Sous des guirlandes de fleurs, Nous laissions fuir les chaleurs.

Voici le marais que ride Le saut du poisson d'argent ; Dont la grenouille en nageant Trouble le miroir humide ;

Comme autrefois, les roseaux Baignent leurs pieds dans ses eaux. Comme autrefois, la pervenche, Sur le velours vert des prés

Par le printemps diaprés, Aux baisers du soleil penche A moitié rempli de miel Son calice bleu de ciel.

Comme autrefois, l'hirondelle Rase en passant les donjons, Et le cygne dans les joncs Se joue et lustre son aile ;

L'air est pur, le gazon doux… Rien n'a donc changé que vous.

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