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1833

ÉLÉGIE III

Théophile GAUTIER

Elle est morte pour moi, dans la tombe glacée Comme si le trépas l'avait déjà placée ; Elle vit cependant, ange exilé des cieux, Vrai rêve de poëte, étrange et gracieux ;

C'est bien elle toujours, elle que j'ai connue Au sortir de l'enfance, à quinze ans, ingénue, Folâtre, insouciante, ignorant sa beauté, S'ignorant elle-même, et jetant de côté,

De peur qu'une pensée amère ne s'éveille, Souci du lendemain, souvenir de la veille. Mais je ne verrai plus ses grands yeux expressifs Vers les miens s'élever et s'abaisser pensifs !…

Mais je ne pourrai plus, sous la croisée, entendre De sa voix douce au cœur le son léger et tendre S'échapper de sa lèvre, ainsi qu'un chant divin D'une harpe magique. Hélas ! et c'est en vain

Qu'en longs transports d'amour, en vifs élans de flamme, J'ai dépensé pour elle et mes jours et mon âme !

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