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1872

APRÈS LE FEUILLETON

Théophile GAUTIER

Mes colonnes sont alignées, Au portique du feuilleton ; Elles supportent, résignées, Du journal le pesant fronton.

Jusqu'à lundi je suis mon maître. Au diable chefs-d'œuvre mort-nés ! Pour huit jours je puis me permettre De vous fermer ma porte au nez.

Les ficelles des mélodrames N'ont plus le droit de se glisser Parmi les fils soyeux des trames Que mon caprice aime à tisser.

Voix de l'âme et de la nature, J'écouterai vos purs sanglots, Sans que les couplets de facture M'étourdissent de leurs grelots,

Et portant, dans mon verre à côtes La santé du temps disparu, Avec mes vieux rêves pour hôtes Je boirai le vin de mon cru :

Le vin de ma propre pensée, Vierge de toute autre liqueur, Et que, par la vie écrasée, Répand la grappe de mon cœur !

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