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1872

A ERNEST HÉBERT

Théophile GAUTIER

Au fond du parc, dans une ombre indécise, Il est un banc, solitaire et moussu, Où l'on croit voir la Rêverie assise, Triste et songeant à quelque amour déçu.

Le souvenir dans les arbres murmure, Se racontant les bonheurs expiés, Et, comme un pleur, de la grêle ramure Une feuille tombe à vos pieds.

Ils venaient là, beau couple qui s'enlace, Aux yeux jaloux tous deux se dérobant, Et réveillaient, pour s'asseoir à sa place, Le clair de lune endormi sur le banc.

Ce qu'ils disaient, la maîtresse l'oublie ; Mais l'amoureux, cœur blessé, s'en souvient, Et, dans le bois, avec mélancolie, Au rendez-vous, tout seul, revient.

Pour l'œil qui sait voir les larmes des choses, Ce banc désert regrette le passé, Les longs baisers et le bouquet de roses, Comme un signal à son angle placé.

Sur lui la branche à l'abandon retombe, La mousse est jaune et la fleur sans parfum ; La pierre grise a l'aspect de la tombe Qui recouvre l'amour défunt !…

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