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1871

LES HÉROS DE CHATEAUDUN

Félix FRANK

STRASBOURG, par le canon battue, N’ayant plus de boulets, cède au sort en pleurant. De la fière cité saluons la statue : Ce n’est pas Strasbourg qui se rend

Sous la menace de la bombe… C’est sa dernière arme qui tombe ! Avec sa mince garnison, Ses bourgeois, ses conscrits, Tout arrête une armée :

Il faut que des héros l’incendie ait raison Pour forcer la ville fermée ; Et le noir troupeau d’égorgeurs S’irrite en comptant ces grands cœurs !

Mais il est une gloire encore Plus sacrée et plus haute ! Au-dessus de ces noms, Dont notre adversité sans tache se décore, Il en est que nous retenons

A jamais vivants en nous-mêmes Comme de sublimes emblèmes ! Les noms des martyrs obstinés, De ces fous qui, n’ayant ni murs ni citadelle,

Ont lutté jusqu’au bout, sûrs d’être exterminés ! — Salut donc, ô Ville, ô modèle, Que ton voyait comme une fleur Rire au soleil sur la hauteur !

Salut, Châteaudun, ville ouverte, Qui t’es fait un rempart de tes propres enfants ! Chaque poitrine au feu sans trembler s’est offerte ; Et les Barbares triomphants

N’ont pu trouver même une porte Pour entrer dans la ville morte ! Dix-huit cents cadavres germains Ont vengé, pauvres gens, votre sang que je pleure ;

Vous les avez couchés au bord de vos chemins, En travers de chaque demeure, Et, la face contre le seuil, ils ont payé cher votre deuil !

Puis, tout s’effondra dans la flamme… O débris, toits croulants, qui furent des logis !— Ces décombres pourtant n’étaient pas seuls ! Une âme Planait sur les pavés rougis :

Ton âme, ô Peuple que renie L’universelle ignominie ! Plus forte et plus sainte qu’hier, Elle reprend son vol : ô ma patrie, ô France,

Ils ne la tûront pas, cette âme, avec du fer ! J’entends déjà, — pure espérance,— Chassant les bataillons épais, La voix auguste de la Paix !

Nous montrerons que la victoire Ne change pas chez nous les soldats en bourreaux ! Nous ne forcerons pas les portes de l’Histoire : A nos légions de héros,

Ceints d’impérissables guirlandes, Elle s’ouvriront toutes grandes ! Oui, nous dont le cœur exalté Se sent par la douleur meurtri dans chaque fibre,

Nous briserons tes lois, ô vieille cruauté, Indigne de tout peuple libre, Et nous laisserons aux corbeaux L’immonde empire des tombeaux.

Mais, dût la bataille dernière Être le dernier coup pour la France et pour nous, Comme dans Châteaudun, gardant notre bannière, Nous ne ploîrons pas les genoux :

Ne fût-elle qu’un cimetière, Il nous faut la Patrie entière !

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