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1871

LE SPECTRE DE BAUDIN

Félix FRANK

UN jour — comme le Peuple, effaré sous l’attaque D’un lâche, s’enfuyait, ayant peur des tambours,— A l’heure où sous le pied tout se dérobe et craque, Toi, tu voulus murir devant les vieux faubourgs !

Dix-huit ans de silence et d’oubli sur ta tombe, Dix-huit ans ont passé, gros de fange et d’horreur, O martyr dont le nom se dresse enfin… et tombe Entre le Peuple esclave et Cartouche empereur :

— Arme sainte ! arme pure aux mains de la justice, De l’honneur éternel et de la liberté, Arme du vrai courage, oh ! descends dans la lice… Sinon pour nous, combats pour la Postérité !

Dis au monde servile et gorgé d’infamies Que le Droit n’est point mort parce qu’on l’étrangla ! Il pleure sous la terre, et quand des mains amies Le délivrent, il crie aux tyrans : « Me voilà !»

Oui, l’herbe pousse en vain sur une fosse obscure ; En vain la force est reine et le crime encensé : Tout ce que la rapine ou le meurtre procure S’enfonce au gouffre ouvert par le Droit offensé !

C’est Lui qui sort du sol, et c’est le Mal qui sombre ! La barricade est grande et le trône est petit : On la voit resplendir au fond de la nuit sombre ; Le trône dans un flot de mépris s’engloutit,

Et la Peine au bras lourd, dont César en goguette Riait avec les siens, — repu, joyeux, — soudain Écartant le suaire où dans l’ombre elle guette, Succède, épouvantable, au Spectre de Baudin !

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