JOUR des sanglantes épopées, Éclair d’un péril inconnu, Tu fais resplendir le fer nu Des longs sabres et des épées !
Les tambours battent ! L’on entend Les citadelles qui résonnent ! L’air s’embrase, les canons tonnent, Les soldats passent en chantant !
Là-bas, sous les collines vertes, Les spectres au loin dispersés, Les vieux héros se sont dressés ! Leurs paupières se sont rouvertes !
Pour nous aider à soutenir Le poids des batailles géantes, Désertant leurs fosses béantes, Près de nous vont-ils revenir !
Ils ont crié : « Quelle devise ? — Conquête ! Empire ! — O déraison ! Enfants, brisez votre prison ; Que la Liberté vous suffise !
« Nous pensions qu’un frère martyr, Peuple, t’appelait à son aide : Quand pour le Droit la Force plaide, La victoire est sans repentir !
« Mais la Conquête, derrière elle Attirant l’essaim des vautours, S’apprête de sombres retours Et sème la haine éternelle.
« Le dernier vainqueur, c’est le Droit ! Craignez l’Empire aux pieds d’argile : Toute chose inique est fragile Et s’écroule par quelque endroit.
« Toutes les forces de notre âge Dans nos bras seuls ne tenaient pas : Quand le sol tremblait sous nos pas, Une Âme planait dans l’orage,
« L’Âme du monde rajeuni, Par les nations acclamée, Qui rendait sublime l’armée Et laissait notre nom béni !»
Oui vous avez dit vrai, spectres ! Pour chefs de file Vous aviez le Génie avec le Dévoûment ! Vous mettiez le talon sur toute chose vile, Et vous chassiez les rois pâles d’effarement.
Jours de quatre-vingt-neuf, pleins d’espoirs magnifiques, Et vous, jours plus troublés, mais pleins d’âpre fierté, Oh ! que vous êtes loin, jours où l’éclair des piques Allumait dans les cœurs l’ardente volonté !
On s’armait ! on partait, pieds nus dans la poussière ! Les sabres indignés grinçaient dans leurs fourreaux ! L’orage des canons roulait vers la frontière, Et du sol remué sortaient des généraux !
O géants de quatre-vingt-treize, Vos fronts au contour souverain, Où la pensée était à l’aise, Avaient la rigueur de l’airain
Et la chaleur de la fournaise ! O soldats ! ô tribuns ! ô fous Dont nous mesurons mal la taille, La Justice aux yeux fiers et doux,
Quand vous alliez dans la bataille, Jetait sa flamme autour de vous ! Et vous ne haïssiez, ô Pères, Dans votre amour du genre humain,
Que le sifflement des vipères Sortant des fossés du chemin Et les tyrans dans leurs repaires ! Rien de tel aujourd’hui… rien de grand ! Quels exploits
Rêve encor ton âme asservie, Pour qu’au jeu de la guerre, ô vieil enfant gaulois, Tu risques ta force et ta vie ? Qu’il coule de ta veine ou de celle d’autrui,
Du sang versé tu rendras compte, Toi qui marque les champs où la paix aurait lui D’un signe d’horreur et de honte ! — Jetez donc, ô soldats, jusqu’en ces jours de deuil
Où, prenant la France aux entrailles, Des barbares voudraient la plonger au cercueil, L’affreux outil des funérailles ! Pleins d’un mâle délire, alors, en ce danger,
Avec le plomb, avec la hache Frappez, ô citoyens ! le sang de l’Étranger Sur cos mains peut mettre sa tache : Qu’il arrose chez nous ton arbre, ô Liberté,
Qu’il te ranime et qu’il te sacre ! Et j’absoudrai — farouche — en mon cœur attristé La sublime horreur du massacre !
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