APRÈS tant d’angoisse et d’horreurs, Après ta honte immense, Quel stigmate, ô France, et quels pleurs Faut-il à ta démence ?
O corps meurtri, c’était assez Que le fléau barbare Vînt briser tes membres lassés, Comme une lourde barre ;
Qu’un goujat sur ton front puissant Mît sa rude semelle, France, et qu’une source de sang Jaillît de ta mamelle !
Tes plus héroïques enfants Râlaient au bord des routes ; Tu n’entendais aux quatre vents Qu’un long bruit de déroutes.
Mais, tandis qu’on sonnait ton glas, La Paix, noble ouvrière, Pour te guérir ouvrait ses bras… Qui donc lui crie : —Arrière ?
Voilà, pour mieux te mordre au sein, Voilà que sur nos villes S’abat le génie assassin Des batailles civiles !
Est-ce là ce que vous rêviez Pour victoires suprêmes, Tristes frères, ô loups cerviers, Qui vous frappez vous-mêmes ?
Le saint travail allait sortir Du fond de nos détresses ; Tu l’as perdu, Peuple martyr, Comme tes forteresses !
Et l’Étranger — de son coin noir — Dit, haussant les épaules, Le cœur gonflé d’un sombre espoir : « Coule, ô sève des Gaules !»
Ah ! vous dont l’ennemi commun Voudrait tarir les veines, Pour le Vandale et pour le Hun Gardez toutes vos haines !
Rentrez, corbeaux, dans votre nuit, Bourreaux, dans votre bouge ! La vie écumante s’enfuit : Arrêtez ce flot rouge !
Sinon… Patrie, adieu ! Je vois, Dans l’agonie amère, Je vois une dernière fois S’agiter, ô ma mère,
Tes membres nus et palpitants Et traînés sur la claie ! — La France est morte, ayant longtemps Saigné par chaque plaie…
Morte ! — Le boucher sur l’étal La vend et la dépèce, Criant : « Voici le jour fatal : Que chacun s’en repaisse !
« Que les peuples fassent leurs parts De tout ce qui fut Elle… Défendez-vous, lambeaux épars ! Salut, France immortelle !»
Que pourraient alors nos sanglots Contre la meute infâme ?— Avant que les destins soient clos, Mets ta main sur ton âme !
Et, ramassant ton seul drapeau, Bondis, libre, une et fière, Comme aux grands jours de Mirabeau, Le front dans la lumière !
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