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1871

A LA FRANCE

Félix FRANK

JE comprends qu’on soit las de guerroyer sans trêve, Sans profit, sans espoir, comme en un mauvais rêve ; Qu’on s’arrête brisé par tant d’efforts sanglants, Que pour sauver un peuple, enfin, la Paix se lève

Et détourne le fer qui lui fouille les flancs, — Mais non pas en retour de l’abjecte infamie Qui rampe sous les pieds de la horde ennemie ! Mais aux lâches valets, aux ventrus, aux blasés,

Pour qui le vin de honte est bon jusqu’à la lie, haine éternelle, au nom des héros écrasés ! Haine à qui, s’élançant au-devant de l’insulte, Fût-ce au prix du drapeau, médite un pacte occulte

Où se rompe à jamais le fer républicain : Tant la sainte Justice, objet de notre culte, Exaspère en son cœur l’immonde amour du gain ! Haine aux prostitués que nul affront n’opprime,

Et qui tendent, joyeux, comme dernière dîme, —La face rouge encor des soufflets étrangers,— A ces barbares, soûls de ripaille et de crime, Les purs lambeaux d’honneur échappés aux dangers !

Perds ton or et ta sève, et, s’il faut t’y résoudre, La paix même, ô Patrie ! et tiens tête à la foudre Plutôt que de marcher par ces sentiers bourbeux. Dût ta force suprême être réduit en poudre,

Croise tes bras et dis simplement : « Je ne peux ! « Je ne peux me souiller de mes mains ! Dans l’arène, Victime déchirée et froide, qu’on me prenne Pour m’attacher vivante à la dalle des morts !

Vers mon sépulcre ouvert que le bourreau me traîne : Je ne lui vendrai pas une part de mon corps !» S’il faut qu’ainsi ton front d’heure en heure pâlisse, Et si tu dois finir, France, dans ce supplice,

Tu mourras comme il sied à ceux qui furent grands : tes bourreaux n’auront point ton âme pour complice… Mais tu résisteras à leurs coups impuissants ! Tu vivras, si tu crois aux revanches du Juste !

Un mouvement subit redressera ton buste Qui gisait dans la nuit, lourdement abattu, Et l’on verra soudain luire en ta main robuste L’arme qui te fit libre aux jours de ta vertu !

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