PUISQU’UN seul homme, un seul parmi ces Dictateurs, Quand tous désespéraient, a cru dans son étoile, France, et, l’âme insensible au cris des insulteurs, A lancé sur les flots ta nef à pleine voile ;
Puisqu’il a prétendu combattre jusqu’au bout Avant de la livrer au grappin des corsaires, Dans ce naufrage immense, oui, ton grand cœur l’absout, Patrie…, et tu sais trop d’où vinrent tes misères !
Oh ! quand, près de sombrer, le vaisseau démâté, Après avoir lâché sa dernière bordée, Rebondissant en vain, roule sur le côté, Rompu, la flamme au ventre et la cale inondée ;
Quand la mer, s’emparant de ce débris massif, Le fait comme un jouet tourner dans l’étendue, Pour le clouer enfin aux pointes d’un récif, Sous les yeux du pirate à qui l’épave est due,
En ce désastre où meurt la force d’un pays Le coupable n’est pas le hardi capitaine Dont les commandements, toujours mal obéis, Ont pu rendre un instant la fortune incertaine ;
Qui, pour garder au moins quelque haillon d’honneur, Rallumait la défense au brasier de son âme, Et qu’on eût acclamé, — si les jours de malheur Ne changeaient l’œuvre illustre en entreprise infâme !
Non, non, l’aventurier, l’homme fatal qu’on doit Repousser et maudire, et que sa faute accable, Le stupide assassin est celui dont le doigt Fit le signe guetté par la bande implacable !
Celui qui l’attira jusqu’aux flancs du vaisseau ! Et celui qui, plus tard, la bataille entamée, Quand le sang le plus pur coulait comme de l’eau, Cria sauve qui peut, caché par la fumée !
Et tous ces éhontés au visage hagard, Courant au pavillon… afin de le descendre, Se glissant pour frapper leur chef au banc de quart, Et voulant lui lier les bras — pour mieux se rendre !
—Toi qu’ils ont condamné du fond de leur terreur, Laisse-toi flageller par eux avec tes fautes : Jamais, dans un chaos de lumière et d’erreur, Cœur vaillant ne conçut espérances plus hautes !
On t’aurait pardonné des crimes plus petits : L’intraitable vigueur déplaît aux gens de ruse, Le lion aux renards dans leur terrier blottis… L’effroi de l’Étranger répond à qui t’accuse !
Porte sans en rougir, Frère, le noble tort D’avoir placé ta foi dans ce troupeau qui tremble : Va ! la Haine des nains est la marque du fort ! Ta patrie et ton nom rajeuniront ensemble :
L’étoile de la France, aux éternels retours, Emplira l’Avenir de sa splendeur sacrée, Et l’Océan du temps, —qui dévore les jours,— Retiendra le sillon de ta gloire exécrée !
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