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1896

La Veuve

Anatole FRANCE

Celle à qui rien n'est plus, dont le cœur était sûr, Songe en son deuil : depuis qu'à ses hanches altières Le veuvage a noué les sombres cordelières, Son front, tel que son sort, est immuable et dur.

Sous les fleurs de lys d'or et les guivres d'azur, Elle goûte l'orgueil de ses douleurs dernières. Près d'elle, les enfants, blonds, aux fraîches paupières, Décrochent en jouant un heaume au long du mur.

Et les yeux de la dame, en la rouge vesprée. Suivent d'une lueur froide et désespérée Le bâtard de l'époux, cause des pleurs anciens. Sans qu un soupir encor gonfle son noir corsage.

Elle songe qu'il est plus brave que les siens, Et qu'il lui fut volé, ce fils au fier visage.

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