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1909

LES POISSONS MÉLOMANES

Georges FOUREST

Les pianos des casinos aux bains de mer font rêver les poissons qui nagent dans la mer,

car — (tous les érudits le savent, de nos jours) ils sont muets, c’est vrai, mais ils ne sont pas sourds ! Tout d’abord ils s’étonnent ; roulant des yeux peureux :

— « Peut-être bien qu’il tonne ? », songent-ils à part eux. — Mais vite ils se rassurent et voyant que

nul éclair ne fulgure ils battent la mesure avec leur queue ! Les sardinettes réjouies

pour ouïr ouvrant leurs ouïes dansent la ronde, toute la nuit. Un grondin gronde :

— « Allez dormir avec ce bruit Mais les bars indulgents sourient à cette danse et jugeant que ce sont jeux innocents ils marquent la cadence

avec leur queue ! Les pianos des casinos aux bains de mer

amusent les poissons qui nagent dans la mer ! Sonate en ré (mi, fa, sol, ré) plus d’une jeune raie

langoureuse voudrait être au moment du frai car elle se sent l’âme pleine d’épithalames !

Romance en sol do, mi, fa, sol : (la Romance du saule ) plus d’une jeune sole

pose pour doña Sol, cependant que les maquereaux galants et les petits merlans

doux et dolents admirent sa tournure, et marquent la mesure avec leur queue ?

Les pianos des casinos aux bains de mer font rêver les poissons qui nagent dans la mer !

Digue don, don ! c’est Offenbach ! digue dondaine ! et non plus Bach !

Joyeux, bon prince, levant la pince, le homard pince un rigodon !

Digue dondaine ! Digue don, don ! mais — horreur ! — n’est-ce pas un air de l’Africaine ? saisi d’un tremblement

convulsif le homard songe à l’Américaine affreux pressentiment ! Mais vite il se rassure et jugeant que

les pêcheurs sont couchés ils marquent la mesure avec leur queue Les pianos des casinos

aux bains de mer amusent les poissons qui nagent dans la mer !… et puis lorsque l’automne ferme les casinos

ah ! les pauvres poissons trouvent bien monotones les nuits sans pianos… et dans leur souvenance cherchant un air qui fuit

ils nagent en cadence mais pleins d’ennui ! Les pianos des casinos

aux bains de mer font rêver les poissons qui nagent dans la mer, car — (tous les érudits le savent, de nos jours) ils sont muets, c’est vrai, mais ils ne sont pas sourds !

Tout d’abord ils s’étonnent ; roulant des yeux peureux : — « Peut-être bien qu’il tonne ? », songent-ils à part eux. —

Mais vite ils se rassurent et voyant que nul éclair ne fulgure ils battent la mesure

avec leur queue ! Les sardinettes réjouies pour ouïr ouvrant leurs ouïes dansent la ronde,

toute la nuit. Un grondin gronde : — « Allez dormir avec ce bruit Mais les bars indulgents sourient à cette danse

et jugeant que ce sont jeux innocents ils marquent la cadence avec leur queue ! Les pianos

des casinos aux bains de mer amusent les poissons qui nagent dans la mer ! Sonate en ré

(mi, fa, sol, ré) plus d’une jeune raie langoureuse voudrait être au moment du frai

car elle se sent l’âme pleine d’épithalames ! Romance en sol do, mi, fa, sol :

(la Romance du saule ) plus d’une jeune sole pose pour doña Sol, cependant que

les maquereaux galants et les petits merlans doux et dolents admirent sa tournure,

et marquent la mesure avec leur queue ? Les pianos des casinos

aux bains de mer font rêver les poissons qui nagent dans la mer ! Digue don, don ! c’est Offenbach !

digue dondaine ! et non plus Bach ! Joyeux, bon prince, levant la pince,

le homard pince un rigodon ! Digue dondaine ! Digue don, don !

mais — horreur ! — n’est-ce pas un air de l’Africaine ? saisi d’un tremblement convulsif le homard songe à l’Américaine affreux pressentiment !

Mais vite il se rassure et jugeant que les pêcheurs sont couchés ils marquent la mesure avec leur queue

Les pianos des casinos aux bains de mer amusent les poissons qui nagent dans la mer !…

et puis lorsque l’automne ferme les casinos ah ! les pauvres poissons trouvent bien monotones les nuits sans pianos…

et dans leur souvenance cherchant un air qui fuit ils nagent en cadence mais pleins d’ennui !

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