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1909

ÉPITRE

Georges FOUREST

Savary, joyeux compagnon Africain, Gascon, Bourguignon Qui vis joyeux loin des Quarante Au pays de ces nobles ducs

Qu’en ses bouquins un peu… caducs Célébra Môssieur de Barante Bourguignon mais fils de Paris Prince du rire et des houris

Contemnant le singe et le pître Mon bon vieux, il me plaît, ce soir, De t’envoyer, sans plus surseoir, Une ode habillée en épître !…

Donc, chaque jour plus avachi Je me trimbale dans Vichy Où des Messieurs jaunes d’ictère Aux dames de même couleur

Exposent les phases de leur Goutte (civile ou militaire !) De Guérêt, de Poulocondor, Du Brésil où vit le condor,

Ducs, fabricants de margarines, Cabotins, bourgeois saugrenus, Comme une trombe, ils sont venus Faire analyser leur urines.

Il en vient de Costarica, Des bords du lac Titicaca, De Pontoise et de Pampelune Et de Bucharest et de Brest

Et je veux n’être plus Fourest S’il n’en tombe aussi de la Lune ! Barons juifs entasseurs d’écus, Épiciers chauves et cocus

Et généraux de Bolivie Ostentent d’un air convaincu Leur bedaine et leur trou du cul Aux doucheurs dont l’âme est ravie.

Les uns, dolents du pancréas Rimeraient à « Jean Moréas » D’autres (Larbaud leur soit propice) ! Ayant du sucre en leur pipi

Semblent moins des pommes d’api Que des morceaux de pain d’épice. Le soir, au casino, des tas De Mercadets et de rastas

Ouvrent la banque ou l’on trébuche Rubis aux doigts, gilet trop neuf, Ils savent l’art d’abattre Neuf En donnant au ponte une bûche !

Cependant que des avocats Croassant comme des choucas Mènent au concert leurs femelles Dont le… bas-fond saigne encor du

Terrible effort d’avoir pondu Quinze mômes affreux comme elles ! Or ce que peut œuvrer, parmi Tous ces Pécuchets, ton ami

Dis-moi, vieux frangin, que t’en semble ? Sinon rêver aux jours (lointains Hélas !) où les doux Philistins Dans Paris nous verront ensemble ?

Ah ! ces beaux jours quand luiront-ils Où, tenant des propos subtils, Aux bourgeois taillant des croupières, Nous jetterons au nez d’Homais

Nos rimes d’or sans que jamais S’appesantissent nos paupières ! Car il sied ne parler qu’en vers : Comme un digne bourgeois d’Anvers

Soigne une tulipe et l’arrose, Nobles jardiniers, cultivons La fleur mystique et réservons Aux maraîchers la vile prose ?

Des vers ! des vers ! et c’est pourquoi Si tu veux qu’on te laisse coi Siroter près d’une crédence Ton vieux Beaune sache qu’il faut,

Sans rémission ni défaut Épistoler et d’abondance !… Et puis, t’ayant serré la main, Je vais ronfler jusqu’à demain :

Le ciel, en son omnipotence, Nous inspirant maint beau sonnet Toujours nous préserve d’Ohnet, De la grippe et de la potence !

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