Pour m'évader de moi et de la destinée, j'aime à me croire un roulier d'il y a cent ans ; L'origan, l'amourauque et les fleurs innomées Forment alors le vœu de trembler à mes dents,
D'être aussi le bouquet noué pour la servante Qui fait fumer un toit le soir, là-bas, là-bas… Et dont le nom parfume une chanson fervente. Comme l'Ange en savait qui vint voir Maria.
J'entends le pic rythmer d'une unique baguette Le fifre riverain du merle, à contre-temps. Et j'ai l'âme incomplète et timide des bêtes. Et l'ombre monte en moi quand le soleil descend.
Voici philosopher les objets d'une échoppe. Résignés doucement à l'heure des volets ; Depuis toujours le vase est là, jouxte la chope : Depuis toujours la veuve est veuve et prend le frais.
Voici les hamelets qui vont fermer leurs portes, La nuit coller aux carreaux son clinquant doré ; L'église grise a l'air d'être une grande morte Et le vitrage est rouge à son flanc vulnéré.
Il me faut voir encor les arbres et barrières. Les croix et le moulin qui pêche sur l'étang, Et les apprendre avant de partir à la guerre Afin de les porter en moi pendant sept ans ;
Et les apprendre avant de traverser la lande Où dorment les chouans, qui ne les savent plus. Sous un haillon fleuri, fait de terre normande. Qu'ils bossellent encor de leurs sabots pointus…
Et puis, et puis, rentrer au moi-même maussade : Réintégrer l'Ennui quand sa cloche a sonné, Et n'être plus, derrière un rang de palissades. Qu'un rêveur revenu d'un pays éloigné !
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