Je t'apporte une fleur qui possède tes joues Pour qu'aux vitres tu croies ton visage arboré. Pour qu'elle rêve aussi que son reflet se joue Sur le verre sans tain, pour vous deux décoré.
O couseuse ! mets-la sur la triste fenêtre Qu'elle peuple d'ailleurs ton petit horizon : Tu songeras au pays où elle a dû naître. Aux villages, aux champs, aux arbres, aux gazons.
Ne la trouble pas trop de tes mains sensuelles Car le regret courbe son beau chef odorant : Elle pense à ses aïeules qui furent belles Et qui lui ont légué leur robe de cent ans.
Elle pense aux autels virginaux de Marie, Où les phtisiques roses pâles vont, en blanc, Offrir pour nos péchés leur très pure agonie ; Elle pense aux carrés de soleil sur les bancs.
Elle pense au hameau dépêchant ses fumées En grâces du repas médiocre et frugal ; Aux gens qui ont repris la tâche accoutumée Avec l'âne têtu, le bœuf et le cheval.
Elle pense au bétail paissant sur les collines ; Au clocher qui épie, sous son chapeau pointu… Comme un berger roman juché sur des ruines Avec une houlette et un oiseau dessus.
Elle pense aux chansons rustiques et niaises Qui célèbrent la Rose avec simplicité ; A des rondes d'enfants dans ces parcs Louis Treize Où l'arbre a l'air d'avoir une épée au côté.
Confidente aujourd'hui d'une captive Peine, Abreuve son ennui d'airs vieillots et lointains. Et que ta voix lui soit une claire fontaine, Toi qui sais, maintenant, ce qu'une fleur contient !
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