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1907

FIANÇAILLES

Fernand FLEURET

J'attends tes Pas, J'attends ta Voix… Tu serais telle Qu'en mes songes quelque belle Image effacée ; Tu viendrais d'un Pays qu'on nommerait Passé, Et tu m'apporterais un peu de ses nouvelles

Entre tes vieux cartons et tes vieux almanachs. Tu comblerais ma chambre avec ta crinoline… Comme tes pâles sœurs, tu lirais Lamartine Dans un keepsake avec ton nom dessus : Anna,

Anaïs, ou quelque autre, usé par les années… Mais, qu'importe ton nom ? Je ne le saurais pas ! Tu serais l'Inconnue Étrange, de Là-Bas, Mon beau Chagrin, vêtu de robes surannées…

Douce et chère à mes chers bibelots d'autrefois, Dont l'éclair défaillant à luire s'exténue. Tu voudrais, pour guérir leurs grâces morfondues. Passer l'ennui doré des bagues à tes doigts !

Et tu saurais ces airs qui filent des quenouilles. Ces vieux airs en sabots qui savaient tant bercer Et que l'on retrouvait, quand on était blessé, A son chevet, comme un ami qui s'agenouille…

Quand Janvier te verrait regretter les glaïeuls Que dresse aux carreaux bleus une tige d'osier. Tu me dirais ces airs que chantait ton aïeule : J'aimerais que la rose encor fût au rosier…

J'attends tes Pas, ta Voix, qui viendront en berline J'attends tes Yeux pâlis comme un ruban passé ; J'attends ce goût de cendre au fard de ton baiser : J'attends tes Pas, tes Yeux, ta Voix, ta Crinoline..

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