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1893

LES CŒURS

Albert FERLAND

Je pense que les cœurs si généreux et doux, Qui chantaient et pleuraient comme ceux qui demeurent, Dans le tombeau muet songent toujours à nous, Et n'y meurent.

Oui, ces cœurs disparus doivent être encor bons !… Dans le sein de la tombe, où l'on croit qu'ils expirent, Ils doivent quelquefois se rappeler des noms Qu'ils soupirent.

Car tous ces nobles cœurs qu'on ose nous ravir Et qu'aux champs du repos les durs fossoyeurs sèment, En eux ont conservé des leurs le souvenir Et les aiment.

Lorsque nous en parlons, les larmes dans les yeux, Les plaintes qu'on perçoit au sein des vents qui grondent, Sont, sans doute, leurs voix, oui, ce doivent être eux Qui répondent.

Ah ! qu'on pense à ces cœurs et que l'on prie aussi, Car si, comme aux cieux gris les automnes se plaignent, Le soir, à notre oreille, ils gémissent ainsi, C'est qu'ils saignent !…

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