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1893

ALTERNATIVE ÉROTIQUE

Albert FERLAND

Laisse donc en ce jour, ô douce bien-aimée, Ma bouche, que ta lèvre a si souvent charmée, Savourer sur la tienne un suave baiser, Ce doux fruit de l'amour que donne toute bouche

À celle qui, timide, en tressaillant, la touche, Ne semblant presque pas s'y poser. Laisse aussi mon regard, que ton regard attire, S'attendrir aux douceurs de ton gentil sourire,

Qui semble un reflet d'âme au coin de ton œil noir, Contempler longuement ton front pâle et candide, Où le souffle des ans ne traçant nulle ride, N'a pas encor cueilli l'espoir.

Oh ! je veux t'embrasser !… Mais, quoi donc, je ne l'ose !… Ah ! c'est que le Seigneur a sur ta lèvre rose Descendu ce matin pour se donner à toi ! Ce Dieu permettra-t-il que je baise la vierge

Qui vient de recevoir, sous les regards du cierge, Le baiser de l'éternel Roi ? Oui, le Seigneur permet à l'amant qui l'adore, A chaque crépuscule ainsi qu'à chaque aurore,

De mettre un baiser pur près du baiser divin ; Et c'est bien sans remords que j'effleure, ô ma chère, Ta bouche par où Dieu, rencontrant ta prière, A daigné descendre en ton sein.

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