Si tu veux faire une amie, Je t’offre ici ces leçons, Quand jà Vieillesse ennemie Me fait vider les arçons,
Et ne laisse que le flanc De Pégase à mon élan. Fuis les sèches, fuis les plates. Laisse les mineures chez
Macette, où bave, écarlate, Et rouant des yeux pochés, Le barbon qu’aucunes fois Il faut ranimer du fouet.
Jadis me plut davantage, Encore un peu verdelet, Non tout à fait mûr, cet âge Qui Ronsard ensorcelait.
Je penchai mes voluptés Vers ces froides puretés. Tel, ses cheveux à l’épaule, D’un rû de nacre abusé,
Se penche l’amour d’un saule Sur le fugace baiser Qu’aux reflets noue et déclot L’ombre des Nymphes dans l’eau.
N’agace point à ces proies Le bout de tes doigts mouillés ; Le jeu de la petite oie Sied aux vices écoliers.
Mais fonds ton désir total Dans la chair comme un métal. Ton amie aura cinq lustres, Des tétins non étoilés,
Dignes des ciseaux illustres, Tétins et non pots de lait. Un sein noblement taillé Éteint le plus clair collier.
Prends-la grande : un grand domaine Peut seul te découvrir maints Beaux sites, où se promène Ton regard, aussi tes mains.
Des petites te défends Comme de prendre une enfant. La blonde, les nuits ardentes, Répand d’abondantes chairs.
Sa croupe chaude et fondante Est d’une épouse d’hiver. Soit ton lit acclimaté Aux seules brunes, l’été.
Le désir est prompt, et flambe Parfois avant de savoir Si le galbe de la jambe Aura de quoi l’émouvoir,
Quand aux ultimes combats La pudeur perdra ses bas. Regarde les doigts : graciles, Ou bouffis, ronds ou carrés,
Ils sont sculptés sur le style Dont le corps même est ouvré. Comme est taillé le sourcil L’aine est implantée aussi.
Ciboire où le vin de messe De l’amant va faire un dieu, La bouche fait la promesse D’un velours caché aux yeux ;
Et sur la lèvre un léger Duvet n’est point mensonger. Que la fierté des yeux chastes Ferme au désir le chemin,
Tandis qu’une croupe vaste Invite au palper les mains, Et fait l’ange si fâché De recéler le péché.
Son chef luise sous la charge De crins annelés et fins ; Et soit son buste une large Table d’harmonie, afin
Que lamente par son col Puissamment un rossignol. Et je veux qu’en ses yeux flotte La tendre pudicité
De l’adorable Charlotte Dans le roman de Goethe, Que comme Dorothéa Patet incessu dea.
Crois-tu qu’un portrait je brode Des chimères copié ? Et qu’au seul lit froid de l’Ode Elle allonge ses beaux pieds ?
La chair t’attend quelque part Comme elle attendit Ronsard. Cassandre est belle, il l’obsède, Et n’en jouit que de l’œil.
L’Hélène qu’il chante est laide. Mais voici devers Bourgueil La vachère de quinze ans Qui va rejeunir ses sens.
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