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1851

LE SECRET DE ZACHARIE

Alfred ESSARTS

Quand Firmin reparut au château, la tristesse En avait éloigné les hôtes ; — la comtesse Pâle, les yeux en pleurs, les traits bouleversés, Dans son cœur ulcéré gardait de noirs pensers.

Sans cesse interrogeant la pendule trop lente Et toute consumée en une affreuse attente, Elle était par l'esprit bien loin de ce séjour, Et de son défenseur épiait le retour.

Le comte, non moins sombre et gardant le silence, Ou bien jetant sa voix pleine de violence Et brusquant ses valets, se tenait enfermé. De sinistres éclairs son regard animé

Interrogeait les traits de la comtesse, et vite Se détournait. — Ainsi le voyageur évite, Après l'avoir sondé, le gouffre menaçant. Sous un pareil regard se glace tout le sang.

Quelque chose disait à l'épouse coupable : « Le secret est connu ; la justice implacable Apprête un châtiment terrible et mérité. Le mal, même ici-bas, n'a point l'impunité. »

Voilà comme à la joie, au bonheur sans nuage Venait de succéder le règne des orages. Le bruit d'une voiture a retenti. Firmin Paraît ; une cravate enveloppait sa main.

Le jeune homme était pâle ainsi qu'un jour d'automne. La comtesse à sa vue et chancelle, et frissonne… Le général, non moins surpris, s'est écrié : « — Qu'as-tu donc, et pourquoi ton bras est-il plié ?

Est-ce d'un accident que provient ta blessure ? — Oh ! tranquillisez-vous, c'est une meurtrissure, Dit Firmin. — Tu parais souffrir.

— Moi, pas du tout. — Tu sembles avoir peine à te tenir debout. — Vous croyez ?… Ce n'est rien… L'émotion, la joie… Mais vous, cher comte, au deuil êtes-vous donc en proie ?

Quand je vous ai quitté, votre unique souci C'était de voir régner tous les plaisirs ici. Vous voilà tout pensif. — Tu te trompes peut-être.

— Non, je vous aime trop pour ne pas m'y connaître. Mais insister serait sans doute m'exposer A vous être importun… Je vais me reposer Dans ma chambre ; à dîner nous serons tous ensemble. »

Il s'éloigne, laissant la comtesse qui tremble ; Bientôt il reviendra la rejoindre au salon ; Elle l'a deviné. — Mais que le temps est long Lorsque de son maintien il faut faire l'étude !

Enfin le général, suivant son habitude, Monte à cheval et va se promener au loin. Paul descend aussitôt. Ils étaient sans témoin Et pouvaient échanger leur triste,confidence ;

Car le chagrin profond veut son indépendance. Devant l'indifférent qui pourrait les troubler, Les pleurs, signe de deuil, n'aiment pas à couler. « — Eh bien ! dit Amélie.

— Eh bien !… ayez, Madame, L'unique souvenir de vos devoirs de femme. Rejetez à jamais du fond de votre cœur L'indigne sentiment qui le tenait vainqueur ;

Soyez toute à celui qui, sur votre promesse, Avait de ses vieux ans ranimé l'allégresse, Et qui de son honneur, sur ce serment pieux, Avait mis en vos mains le dépôt précieux.

Vivez pour lui, par lui ; que chaque jour s'attache A réparer la faute, à laver cette tache. — Oui, oui, je le ferai. Mais enfin dites donc — Oh ! vous aimez encor, même après l'abandon,

Après la perfidie !… et vous voulez connaître Comment le ciel vengeur fait justice d'un traître. — Il est mort ! ! — Oui, Madame.

— Il est mort !… Il est mort ! ! — Le bon droit, cette fois, fut le droit du plus fort. Faut-il le répéter : que pas un seul vestige Ne reste de ce temps de trouble et de vertige.

Ainsi ne laissez plus dans votre souvenir Place à des sentiments qui purent vous ternir ; Rejetez à jamais la fatale pensée De cet enivrement où vous fûtes bercée.

Qu'en voyant votre front pur et rasséréné De l'ancienne auréole encore environné, Je me dise : La paix à son âme est rendue Et la grâce de Dieu sur elle est descendue.

Redevenez vous-même, et les anges du ciel Obtiendront le pardon près du juge éternel. Oh ! que le repentir, en vous rendant sublime, Vous fasse, s'il se peut, plus grande après le crime.

Le seul regret permis n'est que dans le remord ; Votre époux est vivant si votre amant est mort. Vous n'avez pas le droit de verser une larme : Car il est des douleurs dont la pudeur s'alarme.

Je n'ajoute qu'un mot : vous pouvez réparer Le délire fatal qui vint vous enivrer. Mais pour que vous puissiez tenir la tête haute, A force de vertus oubliez votre faute.

— Oui, oui, mon bon Firmin… Oui, vous avez raison … Je… ne… veux… Que je souffre ! » En effet, le frisson Parcourait tout son corps ; une pâleur mortelle

Avait couvert ses traits. Firmin s'approchant d'elle La reçut chancelante, et sur un canapé Déposa son beau corps par la douleur frappé, Puis sonna vivement. Une femme de chambre

Accourut ; on porta la comtesse en sa chambre ; Elle avait le délire, une fièvre de feu. Comment se procurer un médecin ?… « — Mon Dieu !

Dit Firmin, des valets la lenteur est extrême. Qu'on me selle un cheval !… Je vais courir moi-même A la ville voisine. « Il part comme le vent.

Sa pensée inquiète est encore en avant Et lui fait entrevoir, dans un avenir sombre, Un cortége de maux sans mesure et sans nombre. Il s'accuse d'avoir été cruel et dur :

« Pourtant j'ai combattu pour un principe pur : J'ai rempli mon devoir ; et, craignant sa folie, Moi-même j'ai brûlé les lettres d'Amélie. Se peut-il que chez elle il subsiste un regret ?

S'il était vrai, mon cœur, je crois, la haïrait. Non, c'est l'émotion, ce flambeau qui dévore… Si ce n'est pas pour moi qui la chéris encore Et qui dois à jamais la quitter tôt ou tard,

Mon Dieu ! conservez-la pour ce pauvre vieillard ; Car de la pâle mort, qui lui prendrait sa joie, Lui le pauvre vieillard il deviendrait la proie ; » Et pressant son cheval du fouet, de l'éperon,

Il dévorait l'espace ainsi qu'un tourbillon. Pendant ce temps le comte, au chevet de sa femme, Suivait, morne et pensif, les ravages de l'âme. Le vieillard se taisait ; mais un œil attentif

Parfois l'eût vu froisser, d'un geste convulsif, Un papier qu'il tenait caché sur sa poitrine. D'un feu sombre parfois son regard s'illumine ; Il jette quelques mots sans suite ; l'on croirait

Que ces vagues discours renferment un secret. Parfois même il sourit ; mais le froid de la tombe Sur son front qui se plisse et sur sa lèvre tombe… A la triste malade il semble s'attacher,

Comme un ange de mort venu pour la chercher. Cependant Amélie était dans le délire. Sur ses traits le vieillard continuait de lire ; Et plus elle jetait de soupirs et de cris,

Plus il avait de deuil en ses yeux assombris. Les serviteurs allaient, venaient, couraient sans ordre ; Le château n'offrait plus que l'aspect du. désordre ; On pleurait, on parlait à voix basse, et surtout

On appelait Firmin… Paul apparut au bout De la grande avenue, épuisé, sans haleine ; Son cheval qu'il forçait se soutenait à peine…

Le docteur du pays venait à quelques pas. Ils entrèrent tous deux, mornes et parlant bas. La comtesse, tantôt abattue et tremblante, Tantôt dans le transport de la fièvre brûlante,

Murmurait quelques mots dont le sens était clair. Firmin sentit passer une sorte d'éclair Entre l'esprit du comte et le sien. « — Pauvre femme,

La douleur a vaincu la raison dans ton âme, Se dit-il, tu te perds… et tu perds avec toi Celui qui ne peut plus se fier à ta foi. Pauvre enfant ! »

Le docteur écrivit l'ordonnance. « Des soins intelligents, du calme, du silence Abattront cette fièvre et vaincront le danger ; Car, tout grave qu'il est, ce mal est passager :

Quelque altération l'aura produit sans doute. » « — Arthur… Dieu nous a vus… Oh ! prends bien garde… écoute… Le monde est sans pitié pour un coupable amour ; Cachons-nous dans la nuit… Je rougis dans le jour…

Trahison !… trahison !… chassez la courtisane !… Tu peux m'abandonner, car le ciel me condamne. » La comtesse jeta ces mots, puis s'affaissa ; Sur ses yeux par degrés le sommeil se glissa.

L'on sortit doucement. « — Le sommeil c'est la vie, » Dit le docteur. Firmin aurait eu grande envie

De fuir le général ; celui-ci le retint Par le bras, le mena dans le parc, et lui tint Ce pénible discours, écho de sa souffrance : « — Mon Paul, j'ai mis en toi toute ma confiance.

Enfant, tu n'avais pas cette frivolité Dont on fait un beau masque à la perversité. Ton âme généreuse, ouverte, sans nuage, De ton excellent père offrait l'exacte image.

Je t'ai toujours aimé : c'est donc à ton honneur Que je vais confier ma honte, mon malheur. Il me faut devant toi rougir dans ma vieillesse Et montrer à la fois ma fureur, ma faiblesse.

Je suis déshonoré, Paul. — Vous ! — En doutes-tu ?… Un démon est venu corrompre la vertu.

L'infâme m'a ravi, sous des dehors modestes, Un bien que je mettais parmi les biens célestes. Amélie a rompu notre lien sacré… Je suis déshonoré ! je suis déshonoré !

— Mon digne ami, mon père, oh ! gardez-vous d'admettre… — Tiens, si tu ne veux pas me croire, cette lettre Prouvera qu'Amélie, en son fiévreux transport, À trahi le secret qui brise notre sort.

Oh ! je voulais douter… J'appelais calomnie Le poison distillé par un vil Zacharie ; Un juif, dont autrefois le père m'a volé… Mais le secret fatal s'est pour moi dévoilé.

Là fièvre disait vrai… Lis, Firmin, lis toi-même, Et vois comme le juif me jette l'anathème ! » Le jeune homme en tremblant lut ces mots outrageants : «Comte, vous avez en jadis, parmi vos gens

« L'homme de qui je tiens et mon nom et ma vie, « Zacharie Alfernès. — Par une basse envie « On l'accusa d'avoir dilapidé vos biens ; « Car toujours sur le juif frapperont les chrétiens.

« C'était, quoi qu'on ait dit, un intendant honnête. « Vous vîntes furieux… il demandait l'enquête, « Mais vous jeune, bouillant, vous officier sabreur, « Sans daigner écouter le pauvre serviteur,

« Vous le fîtes jeter, par une nuit d'orage, « Hors de votre château. Non contents de l'outrage, « A grands coups de bâton vos gens sur le chemin « Le chassèrent… Mon père en est mort de chagrin !…

« Avec son souvenir mon cœur, d'intelligence, « Garda, comme un trésor, l'espoir de la vengeance. « J'ai nourri, caressé, réchauffé cet espoir. « Je vous voyais de loin… Vous ne pouviez me voir…

« Car je suis un insecte inaperçu dans l'herbe… « Mais l'insecte parfois mord le lion superbe. « J'attendais le hasard a secondé mes vœux « En me vengeant de vous autant que je le veux.

« Un homme s'est glissé, comme une bête fauve, « Pour prendre votre femme, au sein de votre alcôve. « Cet homme est jeune, beau, séduisant, plein d'ardeur, « Intrépide, sautant à pieds joints sur l'honneur.

« Cet homme s'est joué de votre humeur crédule ; « Cet homme a fait de vous un époux ridicule… « Pour qu'à son aise il pût se pavaner chez vous, « Il a reçu de moi trois mille francs. — L'époux

« Payait les intérêts, et je crois que la femme « A remboursé les frais de cette belle flamme. « Mon père est bien vengé ; je puis mourir content. « Et vous, notre oppresseur, en diriez-vous autant ?

« Adieu, comte, je pars. Le monde est la patrie « Des Juifs ; n'essayez pas d'y trouver «ZACHARIE. » A peine Paul Firmin avait-il achevé

De lire cet écrit que, le cœur soulevé De dégoût, il broya le papier qu'un reptile Avait,comme à plaisir,maculé de sa bile ; Il reprit les morceaux pour les briser encor.

Alors à son courroux donnant un libre essor : « — Eh bien ! lui dit le comte, il est sans doute infâme ; Mais les aveux sortis des lèvres de ma femme Ne me permettent pas de douter… Cet Arthur

A détruit mon bonheur, et l'opprobre est bien sûr … Reste au château… je veux partir, je veux… — Qu'entends-je ! Vous partir !

— Songe donc qu'il faut que je me venge. — A votre âge ! courir les hasards d'un combat ! — Va, si près du tombeau sans crainte l'on se bat. D'ailleurs, j'éprouve là tant de douleur, de rage,

Que je ne ressens plus les glaces de mon âge. Du sang ! je veux du sang, pour mon honneur flétri ! Tout le sang de l'amant pour, les pleurs du mari !… Peut-être chacun rit comme ce juif immonde :

L'éclat de ma fureur étonnera le monde. Malheur à ce baron au crime habitué ! Il faut que je le tue… Adieu. — Je l'ai tué.

— Se peut-il ! tu m'as pris cette suprême joie Cet homme était à moi, cet homme était ma proie. Oh ! je ne puis bénir ton pieux dévoûment. » Et le comte s'enfuit, dans un égarement,

Dans un trouble si grand, si profond, si terrible, Qu'il devint pour ses gens une ombre inaccessible, Excepté pour Firmin que rien ne rebutait, Et dont l'attachement chaque jour s'augmentait.

Depuis que de la honte il supportait l'étreinte, Le comte avait senti son existence éteinte ; Cet homme ne vivait que dans un sentiment, Et son dernier amour était un doux roman…

Lui, fatigué des chocs d'une rude carrière, Il avait retrouvé dans son âme guerrière Ce feu de la jeunesse et cette bonne foi Qui font qu'en donnant tout on voudrait tout pour soi.

Être si confiant et, se créant un culte, Semer la loyauté pour recueillir l'insulte ; Avoir livré son nom sans tache pour le voir Souillé pour un dandy qui se rit du devoir.

C'est un coup trop affreux, un coup mortel !… Le comte Eût grandi sous le deuil, il pliait sous la honte, Et dans son déshonneur, pourtant immérité, Sentait s'anéantir et vie et dignité.

L'excès de ce chagrin qui lentement nous mine A ce noble vieillard préparait la ruine. Le comte se soutint longtemps par un effort, Jusqu'au dernier moment voulant paraître fort ;

Comme on voyait jadis dans les jeux de l'arène L'athlète terrassé, se traînant avec peine, Par un dernier salut qu'il faisait de la main Embellir son trépas pour le peuple romain.

Le jour vint cependant, la coupe étant vidée, Où le vieillard sentit qu'on mourait d'une idée. Il prit le lit. La fièvre à son tour le minait, Tandis que la comtesse au monde revenait :

Car la jeunesse était le sauveur d'Amélie, Et la raison avait surmonté la folie. Elle voulut revoir — ne fût-ce qu'une fois — Son époux… Il frémit à l'accent de sa voix,

Et se dressant terrible : « — Osez-vous bien, Madame, Montrer sur votre front les souillures de l'âme ? Sortez… Vous me tuez deux fois… Sortez d'ici !

Pour qui fut sans pitié je serai sans merci. » La comtesse sortit en pleurs et consternée. Paul Firmin était là ; car toute sa journée Se passait près du comte, et jamais infirmier

Ne sut aux moribonds se vouer plus entier. Le jeune homme approcha sa chaise, et d'un ton grave : « — Quoi ! du ressentiment êtes-vous donc l'esclave, Dit-il, et gardez-vous au fond de votre cœur

A travers la souffrance une implacable ardeur ? Un moment vient où l'homme avec calme mesure Ses biens et ses malheurs, sa joie et sa blessure, Et voit comme il faut peu se fier ici-bas

Au fantôme trompeur qui nous tendait ses bras. Quand s'entr'ouvre le ciel, séjour où rien n'altère Notre félicité, que petite est la terre ! Les intérêts du jour, pleins de fragilité,

S'effacent tout à coup devant l'éternité. Je ne vous cache pas, à vous dont le courage Trompa souvent la mort au milieu du carnage, Je ne vous cache pas que vous serez bientôt

Aux pieds du Souverain qui nous juge là-haut : Il vous demandera si vous avez fait grâce. Et comment pourriez-vous désarmer sa menace, Si vous n'aviez pas eu dans le cœur ce pardon

Qui reste aux opprimés comme un céleste don ? Vous, juge sur la terre, imitez sa clémence ; Pour le pécheur contrit sa douceur est immense ; Il envoya son Christ, il répandit son sang

A sa loi de pardon soyez obéissant, Afin qu'il vous accorde, en sa grâce éternelle, Le prix de vos bienfaits pour l'âme criminelle. On est grand par l'oubli plus que par le courroux,

Et le ressentiment doit s'éteindre avec vous. » Le comte réfléchit ; — puis rouvrant sa paupière Qui semblait s'affaisser sous le poids de la pierre, Il murmura ces mots :

« — Tu dictes mon devoir. Qu'elle vienne, Firmin ; je consens à la voir. » Firmin l'alla chercher dans la pièce voisine Elle entra… Sa pâleur, son trouble se devine…

Courbée aux pieds du lit, sans parler, en pleurant, Elle attendait l'arrêt des lèvres du mourant. Et celui-ci sentait sa force ranimée Devant son Amélie… Il l'avait tant aimée !

Voici ce qu'il lui dit : « — Ne crains rien près de moi Qui veux te pardonner ; car j'ai compris la loi De douceur, par Dieu même écrite en l'Évangile.

Et nous ne devons point, pour un bonheur fragile, Pour des biens passagers conserver dans nos cœurs, Créatures d'un jour, d'éternelles rigueurs. Tu faisais mon orgueil, mais j'avais trop de joie ;

Et comme un lac trompeur notre bonheur nous noie, Quand nous nous livrons trop au charme décevant De notre illusion qui fuit comme le vent. Je te pardonne, ô toi qui gémis sur ta faute ;

Et tu pourras encor tenir la tête haute : Car nul ne devra plus te demander raison De ton égarement et de ta trahison. Ma bénédiction épurera ton âme.

Va donc, toi que j'aimais, Amélie, ô ma femme, Dernier rêve, dernier enchantement pour moi ! J'eus tort : aurais-je dû te sacrifier toi, T'attacher, toi brillante et belle de jeunesse,

A l'amour d'un époux glacé par la vieillesse ? L'harmonie est la loi du bonheur ici-bas. La prudence parlait, je ne l' écoutai pas ; A mes désirs livré, j'en savourai les charmes.

Où manque l'harmonie, un jour coulent les larmes. Je m'accuse, je suis coupable du malheur Qui termine ma vie et ternit mon honneur. Adieu !… Donne parfois une bonne pensée

A l'époux qui n'est plus, à l'image effacée. Garde mon souvenir, il te protégera, Et, comme je l'ai fait, Dieu te pardonnera. » Il étendit les mains et bénit la comtesse.

Chaque moment venait redoubler sa faiblesse. Un regard d'Amélie alla remercier Firmin ; puis elle dit : « — Pour me purifier

Il faut plus qu'un pardon, il faut la pénitence. Votre bonté m'a fait entendre ma sentence ; Et le ciel me prescrit un devoir tout nouveau : Je veux, je veux vivante entrer en mon tombeau ;

Je veux, loin des plaisirs, loin des fêtes du monde, Au sein d'une retraite inconnue et profonde Consacrer tous mes jours à soigner les souffrants, Soutenir les vieillards, élever les enfants,

Sous la robe de bure accomplir cette tâche Et, Sœur de Charité, travailler sans relâche, Pour que Firmin sur terre et vous auprès de Dieu Vous puissiez m'estimer.

— Mon Amélie, adieu ! Viens, Paul, ô mon ami, viens toi qui fus ma femme, Je vous bénis… Mon Dieu, mon Dieu, reçois mon âme ! » Le lendemain, la cloche aux tristes tintements

Portait au loin l'écho de ses gémissements.

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