Sans pitié comme sans remords, J'ai, grâce au succès de mes armes, Entassé des milliers de morts Et fait ruisseler à pleins bords
Un fleuve de sang et de larmes… Enfin, sacré par la terreur, A l'instar de feu Charlemagne Je suis Empereur !
Vive l'Allemagne !… Plus dociles que des valets, Rois, Princes, Grands Ducs et Margraves, Ont fait tout ce que je voulais ;
Et le grand roi, dans son palais, Ne vit jamais autant d'esclaves… Allons ! sacré par la terreur, A l'instar de feu Charlemagne
Je suis Empereur ! Vive l'Allemagne !… Gorgé dans mon ambition, Ai-je fait ma dernière étape
Et creusé mon dernier sillon ?… Maître Bismark prétend que non, Et tous deux nous rions sous cape… C'est bien ! sacré par la terreur,
A l'instar de feu Charlemagne Je suis Empereur ! Vive l'Allemagne !… — Sire, gardez le casque au front,
Dit-il, on n'est jamais trop riche… Si la France a subi l'affront, D'autres peuples y passeront : D'abord l'Angleterre et l'Autriche…
Puis… chut ! sacré par la terreur, A l'instar de feu Charlemagne Je suis Empereur ! Vive l'Allemagne !…
Ainsi rêvait, dans un bon lit, Le gredin qui souille Versailles… Tout à coup sa face pâlit Et son trouble se traduisit
Par un violent mal d'entrailles… D'où lui venait cette frayeur, Peu digne de feu Charlemagne, Aux faux Empereur
De cette Allemagne ?… Du côté du mont Valérien Une voix tonnait dans l'espace… La voix du peuple parisien,
Qui, bombardé par ce payen, Criait à son tour : Pas de grâce Pour le pillard et l'égorgeur Qui voudrait singer Charlemagne !
Mort à l'Empereur ! A bas l'Allemagne !
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