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1871

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Ferdinand DUGUÉ

Après un fin repas arrosé de bourgogne, Le sieur Hans — je ne sais quel nom il porte encor— Dans la Gazette de Cologne Publie un long récit qui vaut son pesant d'or,

Car il reproduit bien cette haine allemande Que nous sommes heureux de trouver aussi grande. — Savez-vous ce qu'il fait en un style imagé, Présomptueux et lourd, ce mouton enragé

Du pays où fleurit la shlague ?… Eh bien, là, d'honneur, il nous blague, Il cherche à nous blaguer, c'est-à-dire !— il a vu Paris que la faim seule a livré sans batailles,

Après être resté quatre mois dans Versailles A l'abri d'un coup imprévu, Derrière un mur de fer qui ne sut pas éteindre Le plus petit de nos canons…

Un matin, il s'est dit : — Je n'ai plus rien à craindre, La faim les a vaincus, soyons brave ! partons ! Ce sera fort plaisant de les écouter geindre… Et de précautions entourant son départ,

Toujours prudent, il prend un titre faux, il part, Et dans la ville sombre il entre… Il raille les passants qui se serrent le ventre Et dont l’œil se ranime à l'aspect d'un gigot…

Caquetant comme une margot, Il raille à chaque pas nos ruines énormes, Les vêtements râpés, les lambeaux d'uniformes, Les magasins déserts comme les ateliers,

La femme en voile noir, le pauvre sans souliers, La tristesse, le deuil, le sang de ma patrie… Il s'amuse à compter même les corbillards, Et, triomphant de la tuerie,

Avec impudence il s'écrie : — Que vous êtes changés, mes pauvres boulevards ! Comment, tes boulevards, animal ?… cette race Ne connaît vraiment plus de terme à son audace !

Le sieur Hans est par trop narquois ! Un peu plus, il dirait : mon Paris ! Sois tranquille, Va, regarde-le bien ! c'est la dernière fois

Que tu le reverras, malgré cette paix vile ! Si tu reviens jamais visiter cette ville Qu'outragea sans pitié ton orgueil berlinois, Puisse un de ses enfants te loger dans la trogne

Quelque balle de chassepot Qui t'envoie en enfer chroniquer, maître sot, Pour ta Gazette de Cologne.

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