Eh bien, oui, c'est la haine avec toute sa rage,
Sans ménagement, sans pitié,
Heureuse de jeter les crachats au visage
Et prodigue de coups de pié !
La haine qui, parfois injuste, exagérée,
Reste légitime toujours,
Car la Patrie est là réclamant la curée '
Des tigres comme des vautours !
Et puis en fait d'excès, en fait de violences,
Tout est bon quand on se défend
Contre tant d'obusiers, de pétrole et de lances
Aux mains du Prussien triomphant !
Les délicats que froisse un pli même des roses,
Qu'un mot trop vif fait rejimber,
Trouveront qu'on me voit, gazant trop peu les choses,
Dans des vulgarités tomber ;
Mais la muse n'a plus le droit d'être bégueule
En face d'un tel ennemi,
Et sans se reprocher d'être si forte en gueule
Ne s'emporte pas à demi !…
C'est qu'elle a mis aussi l'uniforme de guerre !
Jupon court, cigarette au bec
Et par les francs rimeurs prise pour vivandière,
Elle bat la charge, boit sec,
Fait le coup de fusil crânement, la luronne…
Et narguant le mauvais destin,
Emprunte volontiers au général Cambronne
L'énergique mot de la fin !…