Monsieur le maire, j'ai l'honneur De vous offrir ma révérence, En sollicitant la faveur De vous dire ce que je pense
De vos actes municipaux Qui font tache sur les drapeaux De notre France ! Rentier, notaire, praticien
Ou marguillier, criblé de votes Par les poltrons, les gens de bien Et les communautés dévotes, A l'ennemi trop exigeant,
Vous donnâtes, à court d'argent, Jusqu'à vos bottes !… D'abord, dans le premier moment, Vous avez relevé la crête :
A se défendre crânement, Avez-vous dit, ma ville est prête ! Si les quatre hulans de Nancy Osent se présenter ici,
Nous tiendrons tête !… On ne prêche dans nos journaux Que dévouement et sacrifice Et nos gardes nationaux
Sont enragés pour le service : Tout flambants d'uniformes neufs, Les garçons, les maris, les veufs, Font l'exercice…
Les hulans arrivent… bonsoir ! La défense n'a plus de charmes, N'offrant d'ailleurs aucun espoir ; Et dans la mairie en alarmes,
A part quelques hommes de cœur, Chacun accourt avec ardeur Rendre ses armes ! Et chacun de crier : Vivat !
Au maire aussi prudent que chauve ! Reconnaissance au magistrat Qui nous protège et qui nous sauve ! Avec Von Schlague il a traité,
Mais du moins notre dignité Demeure sauve !… Puis le détachement prussien Entre en jouant la Marseillaise…
Ah ! comme ils s'en acquittent bien, Dit la foule se pâmant d'aise : Ah ! quels accords mélodieux ! Combien leur musique vaut mieux
Que la française !… Viennent les réquisitions De café, sucre, vin et viande, De cigares et de millions…
Ce peuple à la panse gourmande Ne lâche jamais l'os qu'il tient : Plus il ronge, plus il obtient, Plus il demande !
Un beau jour on se trouve à sec," On ne peut plus le satisfaire… Il s'emporte, il jure à plein bec, Il a des fureurs d'arbitraire
Et Von Schlague, un grossier soudard, Vous pose le pied quelque part, Monsieur le maire !… Et battus sans être contents,
Après s'être laissé tout prendre, Ruinés pour quinze ou vingt ans, Vos bourgeois paraissent comprendre Qu'avec l'or achetant du fer
Il leur en eût coûté moins cher Pour se défendre !… De presque toutes nos cités Voici l'humiliante histoire
Et nos descendants irrités Plus tard refuseront de croire A ces souillures du passé : Aujourd'hui l'opprobre est versé,
Il faut le boire !… Monsieur le maire, j'ai parlé En accomplissant une tâche Et je serais fort désolé
De rien ajouter qui vous fâche, Mais je n'ai pas le choix du mot… Vous avez agi comme un sot Et comme un lâche !…
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