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1871

MONSIEUR LE DUC

Ferdinand DUGUÉ

C'est un fleur delysé qui porte un nom sonore… Conseiller général et maire, puis encore Duc de je ne sais quoi, grand ami du clergé, D'une fortune immense ici-bas affligé,

Il goûtait les douceurs de l'existence humaine, L'hiver dans son hôtel, l'été dans son domaine ; Admirable manoir que le sien ! Des tableaux D'ancêtres cuirassés, des grands arbres, des eaux

Jaillissantes ; enfin une de ces merveilles Où le poëte peut évoquer dans ses veilles Les ombres d'Henri quatre et de François premier, Avec le blanc panache au faîte du cimier !…

Brave homme au demeurant, quoique pauvre cervelle, Toujours préoccupé d'une ferme modèle Dont le sol torturé par de nouveaux engrais Reçoit de nouveaux grains qui ne poussent jamais ;

Cependant, pour ses porcs comme pour ses génisses, Médaillé par faveur dans deux ou trois comices, Il préfère aux exploits de ses nobles aïeux Sa gloire d'éleveur qu'il prend au sérieux :

Brave homme, je l'ai dit, affable, fort honnête, N'étant point tout à fait ce qu'on nomme une bête… Avec de grands dehors, œil bleu, nez aquilin, Et toujours sur la lèvre un sourire bénin…

Bref, tenant à sa vie autant qu'à sa fortune, Et poltron, oh ! mais, là ! poltron comme la lune !… La guerre le surprit dans des combinaisons Pour améliorer l'espèce des dindons…

Et devant l'ennemi, que fait mon gentilhomme ? Il déserte, emportant une très-forte somme Toute en beaux louis d'or, et puis… sauvé, mon Dieu ! Il lire, comme on dit, son épingle du jeu !…

Lui parti, que feront ces paysans qu'il laisse, Abdiquant les devoirs de l'antique noblesse Et les devoirs encor plus grands du citoyen, Défendre avec leur sang jusqu'à son propre bien…

Que feront-ils ?… eh, mais, ils l'enverront d'emblée Pour les représenter à la haute assemblée Que Bismark nous permet d'élire en quelques jours… Certes, ce n'est pas lui qui fera longs discours ;

Mais, suivant du passé la politique étroite, Plus poltron que jamais, il prendra place à droite… Et, par peur, préférant aux Brutus les Tarquins, Il voudra dévorer tous les Républicains !

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