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1871

LES LIÈVRES

Ferdinand DUGUÉ

Oui, ce sera la paix aux conséquences viles, L'odieux sacrifice enfin va s'accomplir ! Les campagnes n'ont pas à jalouser les villes, Car, pour rivaliser de lâchetés serviles,

Le scrutin va les réunir !… Et respect, nous dit-on, et silence à l'oracle ! Il doit faire fléchir le front le plus altier ! Du vote universel c'est un nouveau miracle,'

Et cette élection qu'avec Bismark on bâcle, C'est la voix du pays entier !… —S'il nous plaît, après tout, d'être lâches quand même, De sauver le pays par son abaissement,

N'est-ce pas notre droit absolu, droit suprême ? Toute opposition est un crime, un blasphème, Et qui dit le contraire ment !… Silence donc, mauvais citoyens ! fous ! rebelles !

Bien plus que les Prussiens, c'est vous qu'il faut haïr, Et nos mobilisés, à leur devoir fidelles, Vous surveillent de près… vous en verrez de belles Si vous osez désobéir !…

Ne vous avisez point d'exciter notre rage En critiquant la paix que nous désirons tous ! Pour combattre le vol, le meurtre et le pillage, Nous avons pu manquer très-souvent de courage…

Mais nous en aurons contre vous ! Dans le nombre aujourd'hui réside la puissance, Force est de trouver bon ce que le nombre fait, Car des minorités défiant l'arrogance,

Nous sommes la pensée et la voix de la France ! — Eh ! oui, c'est la France, en effet !… Restons donc à l'écart, le dédain sur les lèvres, Et, sans même songer à des rébellions,

Avec le grand poëte aux accents pleins de fièvres, Disons amèrement que la race des lièvres Succède à celle des lions !

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