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1871

LE HULAN

Ferdinand DUGUÉ

Dieu nous a repris notre mère, Et quand papa travaille aux bois Je reste seule à la chaumière, Où je berce mon petit frère…

Arrive un soldat bavarois Armé d'un sabre et d'une lance… J'ai peur, je veux crier… Silence ! Dit l'étranger d'un ton brutal…

Mais loin de me faire aucun mal. Il jette dans un coin ses armes, Court au berceau, de grosses larmes Tombent de ses yeux attendris…

— A mon Karl cet enfant ressemble, Murmure-t-il, et sa voix tremble : En le regardant il me semble Que je suis encore au pays…

Quand le reverrai-je, mon fils ? Puis un juron sort de sa bouche Et reprenant un air farouche : J'ai faim ! des vivres ! —Au logis,

Monsieur, pas même du pain bis, Nous n'avons rien ! — Tu mens, fillette !… Il venait de voir ma chevrette Qui dormait au bas du grand lit…

Vers la pauvre bête il bondit, Et comme une proie il l'emporte, Me pousse, referme la porte… Et le cœur tout glacé d'effroi,

Je tombe à genoux quasi morte, Mais le bon Dieu veillait sur moi !… Un souffle chaud court sur ma lèvre, Je rouvre les yeux… c'est la chèvre !

Elle bêle en me caressant Et sa blanche robe a du sang… J'ai tué l'homme, dit mon père Tout pâle et debout sur le seuil :

Il se passera de cercueil Au fond de la grande marnière… A tout pillard le même sort ! C'est égal, enfant, pour le mort

Il faudra dire une prière… Et j'ai prié d'un cœur sincère… , Mais surtout pour cet orphelin Qui ressemble à mon petit frère,

Et de l'autre côté du Rhin Va connaître deuil et misère !…

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