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1871

LA NOËL DU PRUSSIEN

Ferdinand DUGUÉ

C'était un gros gaillard bien frais, Bien rose, bien joufflu… Sa face Offrait une rondeur sans traits Dans un blond cadre de filasse,

Et de toute sa carapace S'exhalait une odeur de crasse A vous foudroyer de trop près. Il était joyeux, ce Barbare !

Maître du logis ravagé, Il avait bien bu, bien mangé, Et savourait un bon cigare, Sur une causeuse allongé…

Le drôle avait une famille, A ce qu'il paraît, tout là-bas, Et pour fiancée une fille Aux yeux faïence, aux lourds appas…

Donc il voyait dans la fumée Du londrès qu'il déshonorait Passer la maisonnette aimée ! De sa poche avec soin fermée

Il atteignit même un portrait, Objet de son idolâtrie… Une horrible photographie De quelques sous, faite en un bourg

De la Saxe ou du Mecklembourg… Heureux coquin ! De sa vachère Il embrassa l'image chère, Et sa lèvre aux rebords poilus,

Grasse encore de bonne chère, Y mit quelques taches de plus… —Vois-tu, Gretchen, dans cette France Que notre vieux roi si pieux

Nous fait dévaster de son mieux, J'ai connu plus d'une souffrance : Mais j'ai conservé l'espérance Qu'après avoir brûlé Paris

(Il faudra d'abord qu'on le pille) Je pourrai sans doute au pays Fêter la Noël en famille !… Fêter la Noël, as-tu dit !

Soit ! tu la fêteras, bandit, Mais dans un trou noir, sous la terre Où tu pourriras solitaire, Comme un chien galeux qu'on enterre

En quelque coin ; et sur ton corps, Quand viendra la grande déroute, La neige fondra goutte à goutte… Ah ! c'est que Dieu nous doit les morts

De l'Allemagne qui nous souille ! Le jour où nous serons vengés, C'est bien le moins que leur dépouille Engraisse nos champs ravagés !…

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