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1871

AVANT SARREBRUCK

Ferdinand DUGUÉ

Sire, du fusilier Pitou Pour vous servir je suis la mère ; Ici, tout au fond du Poitou, J'habite une vieille chaumière,

Et sans façon je vous écris Dans votre palais à Paris Que les Pitou n'ont pas de chance… Mais, cependant, vive la France !…

Sans craindre balle ou biscayen Menant votre fils à la guerre, Pour vous deux au clergé chrétien Vous commandez une prière…

Mon gas comme le vôtre part, Mais seule, pleurant à l'écart, Je n'ai pas pour lui d'espérance… Et cependant, vive la France !…

La piété de vos prélats Et l'appui non moins efficace De vos trois cent mille soldats Pourront protéger votre race…

Une fois sorti de mes bras, Pitou n'aura dans les combats D'autre plastron que sa vaillance… Mais en avant ! vive la France !…

Quand l'Impératrice, au saint lieu, Aussi pieuse que vous l'êtes, Ne cesse pas d'implorer Dieu, Comme l'annoncent les gazettes,

Pour son fils et pour son époux, Songe-t-elle à prier pour nous, Triste bétail sans importance ?… Crions toujours : Vive la France !…

Et lui que Monsieur Ollivier Dans son cœur nomme déjà Sire, L'enfant qu'on habille en troupier, Il héritera d'un empire

Quand sous de la chaux, dans un trou, Dormira mon pauvre Pitou, M'ayant laissé deuil et souffrance… Mais c'est égal, vive la France !

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