Elle dort ! une lampe éclaire son visage. Son front n'est obscurci par aucun noir nuage. Rien ne trouble sa paix ni sa sérénité. Elle a prié, ce soir, et maintenant son rêve,
De ses travaux du jour douce et paisible trêve, Emporte son esprit dans un monde enchanté. Du Dieu qu'elle a prié son regard voit la face. Parmi les chérubins il lui montre sa place.
Elle court dans des champs semés d'or et d'azur, De spacieux jardins aux fleurs toujours nouvelles, Qui répandent au sein des sphères éternelles, Comme pour louer Dieu leur parfum le plus pur !
Son oreille attentive écoute l'harmonie Et recueille les sons de la harpe bénie Qui vibre entre les doigts de mille séraphins, A ce concert sacré, sa voix pure et craintive
Se mêle doucement et sa prière arrive A Dieu, sur l'aile d'or des cantiques divins ! Rrêve heureux et qui nais de sa chaste ignorance, Rêve que chaque nuit achève et recommence,
Non, tu n'es point de ceux qui viennent abuser ! L'âme que tu ravis est comme un lac tranquille ; Nul remords ne la trouble et tu la vois docile, S'endormir, s'éveiller, au bruit d'un doux baiser ;
Un baiser de sa mère ! — Oh ! c'est tout ce qu'elle aime ! Pour elle sa tendresse est unique, suprême ! Son père, hélas, son père est mort depuis longtemps… Alors, tout son amour est allé vers sa mère ;
Pour elle ses baisers, pour elle sa prière, Pour elle, — doux trésor ! les fleurs de son printemps ! Dans ses cheveux elle a pour unique parure Un simple ruban blanc dont le pli s'aventure
Sur son sein où la soie et l'or sont inconnus ; Pour seul et riche atour sa robe d'indienne, Qui de tant de beautés, modeste gardienne, Ne laisse apercevoir que ses bras demi-nus.
Auprès de la fenêtre, un oiseau dans la cage, Par ses chants répétés égaie ainsi l'ouvrage. L'aiguille diligente éloigne le souci De son seuil, où le pauvre en recevant l'aumône,
Fait qu'une perle encor s'ajoute à la couronne Que Dieu garde à cet ange auquel il dit : Merci ! Elle est heureuse ainsi, qui peut troubler son être ? Elle marche au milieu du monde sans connaître
Ce qu'il a de méchant, d'égoïste, de froid. Les cailloux du chemin pour elle sont de sable. Sa candeur la défend ; innocence adorable, Qui s'ignore elle-même et que le Seigneur voit !
Son travail la nourrit, — travail heureux ! — sa mère Ne peut plus travailler ; dans une épreuve amère Une chute laissa ses membres engourdis. Elle travaille et chante ! oui chante ! Dieu te garde,
Chère enfant ! et tes chants ont fait de ta mansarde Un nid joyeux et saint, un nouveau paradis. Ton cœur ignore encor ce mal qui nous dévore, Ce mal qu'on nomme amour et que chacun adore.
Si ton front est rêveur, certes, ce n'est pas lui Qui trouble tes instants et cause tes alarmes ; A tes yeux si je vois se balancer deux larmes, C'est que ta mère, hélas, a souffert aujourd'hui.
L'amour ? — Tu ne connais ni ses douleurs aiguës, Ni ses nombreux accès de fièvres inconnues, Ni son espoir d'un jour qu'un autre jour détruit. Non ! ton sommeil est calme et ton âme est sereine.
Par souffles mesurés s'échappe ton haleine ; Non ! tu chantes le jour et tu rêves la nuit. L'amour ? Eh ! que t'importe à toi l'amour ? Pauvre ange ! Ton cœur en possède un, un qui jamais ne change,
Un amour que du ciel Dieu bénit chaque jour. Tu le chéris, enfant, et lui seul fait ta joie. Sur un être adoré tout ton cœur le déploie… N'est-ce pas, que ta mère est ton unique amour ?
De ton chaste ruban la couleur virginale, Chère enfant, nous le dit, et l'aube matinale A moins de pureté, moins de calme profond Que tes jours oubliés dans cette paix obscure,
Et, par ton beau ruban, angélique parure, L'image de ton cœur se reflète à ton front. J e vous l'ai déjà dit, sur sa chaise de paille, Libre, dès le matin, elle chante et travaille,
Ses sens dorment encor, les vives passions Ne troublent point l'éclat de cette blonde aurore. Sa joie est dans sa mère et ses fleurs qu'elle adore, Dans son beau ruban blanc et ses jeunes chansons.
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