Ils étaient trois dans le ménage ; Le père, la mère et l'enfant. L'enfant ! doux être, que son âge, Rempart d'innocence défend !
Un soir, pour suivre une maîtresse, Le père laisse au logement La mère seule, qui s'empresse, A son tour de prendre un amant.
Mais, dans son horreur instinctive, Des hideurs qu'il a devant lui, L'enfant, colombe fugitive, L'enfant vagabonde aujourd'hui !
Fouillant les égouts dans les rues, Les chiens le prenant en pitié, De sales immondices crues, A sa faim laissent la moitié !
Il erre, au hasard, les yeux mornes, A travers la foule, en haillons, Sur lui, quand il dort sur les bornes, L'étoile pleure ses rayons !
Un jour, un homme en uniforme, Un bon sergot, voyant errer Ainsi le pauvre enfant, s'informe Du chagrin qui le fait pleurer.
Celui-ci lui conte sa peine : — « Devant ce riche magasin Je mendiais !… » Et l'homme mène Cet enfant au poste voisin.
Puis, la voiture cellulaire, Du noir Dépôt franchit l'arceau… Bonsoir ! va te faire lanlaire ! Pauvre fleur jetée au ruisseau !
Vite, le Tribunal s'assemble. Comme il est sans pain, sans maison, Des hommes, gravement, ensemble Disent : — « Cet enfant, en prison ! »
On le souille, on le déshonore, Par un arrêt immérité, Et l'on souffle sur cette aurore, Pour en faire une obscurité !
Car dans le gouffre, ange novice, C'est la loi, tu séjourneras ! Martyr qui voulais fuir le vice, Au vice tu retourneras !
Oh ! non ! revoyons notre Code, Aux paragraphes impuissants ; Il est passé le temps d'Hérode, Du massacre des innocents !
Cookies on Poetry Cove