La ferme en est toute troublée. Bien longtemps on en parlera. La Basse-Cour s'est assemblée ; Oie et dindon… et cætera.
Il s'agit d'une cause grave ; Pierrot, lui que l'on persiflait, Lui, le fuyard, s'est montré brave : Il vient de tuer un poulet.
Des témoins on dresse les listes, Sur l'accusé sont les regards, Et sur les bancs des journalistes, Viennent s'asseoir… quelques canards.
Silence ! écoutons, on le juge ! La basse-cour ne souffle mot. Grand Dieu ! quel sera le refuge, De cet infortuné Pierrot !
— « Accusé, levez-vous. — En somme, Votre passé n'a rien de bon… Mais, rassurez-vous, mon brave homme, Je n'y fais pas attention.
— « Je témoigne que la victime, De son bec n'avait pas usé, Chacun l'avait en grande estime… » — « Chut ! n'insultez pas l'accusé ! »
— « Le poulet qui dort dans la tombe, Sur lui, nul ne s'est abusé, Était doux comme une colombe… » — Chut ! n'insultez pas l'accusé ! »
— « Oui, l'accusé dans sa colère, — De mon ergot que n'ai-je usé ! — A mis à mort mon jeune frère… — « Chut ! n'insultez pas l'accusé ! »
— « Moi, je ne sais rien, et pour cause, Car ce jour-là j'avais osé, Loin des regards conduire Rose… » — « Chut ! n'insultez pas l'accusé ! »
— « Pierrot la preuve vous terrasse ; Par vos mains le sang fut versé — « Vous en avez menti !… » — « De grâce ! N'insultez donc pas l'accusé !
Dans tous les yeux brille une larme, Le Président s'est reposé, Et, plein de respect, un gendarme, Passe sa chique à l'accusé,
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