O cœurs inconstants que nous sommes !
Pourquoi faut-il donc que les hommes,
Avides de nouveaux plaisirs,
Courent après ces beaux fantômes
Que l'on appelle les désirs ?
Troupe toujours inassouvie,
Vous nous faites sentir la vie,
Monotone sans vos ardeurs ;
Vous en composez une chaîne
Dont chaque anneau — plaisir ou peine,
Couvert de chardons ou de fleurs,
Tout insensiblement nous mène,
Jusqu'au bord du sombre domaine,
Où le rire s'éteint, où se sèchent les pleurs !
Ainsi, l'objet de l'amour folle,
Hier fleurissant mon chemin,
De mon cœur aujourd'hui s'envole,
Chassé par la nouvelle idole,
Qu'une autre chassera demain !
Alors, pourquoi donc l'inconstance ?
Puisqu'elle cause la souffrance
De l'objet, hélas, délaissé ?…
Mais l'inconstance existe-t-elle ?
Non ! C'est une phrase éternelle,
Un mot vainement prononcé.
Et, sans que jamais il s'endorme,
L'amour est en nous chaque jour….
Il se peut qu'il change de forme,
Mais son crime n'est pas énorme,
Au fond, il demeure l'Amour !