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1867

Nous avons la Guerre !!!

Alexandre DUCROS

Ces mots ont retenti comme un coup de tonnerre, Dans un ciel limpide et serein : — « A la Prusse la France a déclaré la guerre ; Nos troupes marchent vers le Rhin. »

Loin de nous les terreurs et les vaines alarmes, La victoire aime nos drapeaux… Mais combien d'orphelins et de veuves en larmes, Prieront pour des morts sans tombeaux !

La guerre ! quelle affreuse et quelle horrible chose Devions-nous la revoir encor ? Et faudra-t-il toujours, mon Dieu, que l'homme arrose, Avec du sang les moissons d'or !

Des fils des vieux Teutons la horde envahissante, Fuyant un ciel noir de frimas, Comme vers un Éden depuis longtemps errante, Émigré vers de doux climats ;

Elle vient, flot pressé, sur nos rives fécondes, Cherchant de nouveaux horizons, Cueillir la grappe d'or qui pend aux treilles blondes, Et les trésors de nos saisons.

C'est là ce qu'elle veut ; le soleil et la vigne, Et de nos filles la beauté. Voici déjà longtemps que son œil les désigne A sa sombre brutalité.

La horde devint peuple et ce peuple, naguère, Dans son ambition rêva De devenir empire, et le sort de la guerre Le lui promit à Sadowa !

A quoi donc songeais-tu, toi, Louis Bonaparte, Toi, qui fais trembler un faubourg, A quoi donc songeais-tu, quand le poing sur la carte, Hohenzollern volait Hapsbourg ?

C'est alors qu'il fallait de l'ogre insatiable, Bornant les appétits cachés, Lui crier : — « C'est assez ! » et renverser la table Où l'on découpait les Duchés.

Certes, tu le pouvais sans combats ni batailles, Tu n'avais qu'à dire : — « Je veux ! » Et Guillaume effaré rentrait dans ses murailles, Sans nous promettre à ses neveux !

Mais aujourd'hui le sang doit couler dans nos plaines Au bruit des longs canons d'airain, Pour arrêter l'essor des phalanges hautaines, Qui déjà campent sur le Rhin !

Il le faut ?… En avant ! — C'est par ton incurie, Que la France vole aux combats… Non pas ta France, à toi, mais la Mère Patrie, Qu'au Deux-Décembre tu sabras !

Oui, nous la défendrons cette France adorée, Que tu souillas, que tu meurtris, Nous la ferons surgir grande, régénérée, Aux regards des peuples surpris.

Et puisque entre tes mains un barbare l'insulte, Eh ! bien, nous te la reprendrons, Nos cœurs seront son temple, et notre amour son culte, Et pour Elle, tous, nous mourrons !

Oui, tous ! sache-le bien, ceux-là que tes séides, Le Huit-Mai poussaient au scrutin, Ont enfin reconnu tes vœux liberticides Et ta fourberie, ô Scapin !

Tes Préfets leur disaient : — « Paix durable et certaine, Si les Oui triomphent des Non. » Deux mois sont écoulés, rien que deux mois à peine, Et déjà gronde le canon !

Les as-tu bien dupés ces électeurs crédules ? Comme tu riais d'eux, tout bas ! Ils n'étaient que poltrons, tu les fis ridicules, Ils ne te pardonneront pas.

Car les vieux répétaient : — « Notre tâche est finie, A nous le doux repos du soir, Mais nos fils poursuivront cette tâche bénie, Eux, notre orgueil ; eux, notre espoir ! »

Les mères murmuraient : — « Quand du champ qu il féconde, Mon fils viendra se reposer, Je mettrai sur son front que la sueur inonde, Un doux et maternel baiser ! »

Tout en filant le lin, les belles jeunes filles, Disaient : — « Vienne Pâque ou Noël, Et celui qui m'attend, le soir, sous les charmilles, Me fera sa femme à l'autel ! »

Mais, adieu les moissons, adieu les fiançailles ; Le saint travail, le pur amour ! N'est-ce pas le clairon, le clairon des batailles, Qui se mêle au bruit du tambour ?

Que ces champs soient déserts, ces garçons, qu'on les prenne Sous l'escorte d'un caporal ; Telle est la sanction et la loi souveraine Du Plébiscite Impérial !

Le hameau désolé croit s'éveiller d'un songe, Il est en proie à la terreur, Il crâche ces deux mots : — « Trahison et mensonge ! A la face de l'Empereur.

Le voilà démasqué. La France tout entière, A cette heure le connaît bien ! Un peuple frémissant regarde à la frontière, Mais ce peuple n'est pas le sien !

Que nous fait Bonaparte à cette heure suprême, Où la Patrie est en danger ? Plût à Dieu que pour nous, pour nous et pour lui-même, Cet homme nous fût étranger.

Mais déjà l'ennemi là-bas dresse sa tente. Allons ! Le sort en est jeté ! Dans le camp des Germains répandons l'épouvante, Marchons à l'immortalité.

O France ! ô doux pays ! ton souffle nous anime, Ton nom fait palpiter nos cœurs ! O France ! ô doux pays de vaillance sublime, Le monde a vu tes fils vainqueurs.

Ils s'arment, mais pour toi, France, mère chérie ! Non pour un pouvoir détesté ; Ils sont prêts à mourir pour toi, Sainte Patrie ; Sol sacré de la Liberté !

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